Politique

Après Tapie, Guéant, Lagarde et Balladur, à qui le tour ?

Que d’eau, que d’eau, s’exclamait le brave maréchal de Mac Mahon, impressionné, voire débordé par le spectacle de la crue de la Garonne. Que de boue, que de boue, aurait-on envie de dire devant la déferlante de convocations, d’interrogatoires, de gardes à vue et de mises en examen qui s’abat depuis quelques jours sur les premiers rôles et les seconds couteaux de la Sarkozie. Christine Lagarde, Stéphane Richard, Bernard Tapie, Claude Guéant, c’est du beau monde, et du beau linge, comme on disait dans le mitan, qui se bouscule dans le cabinet des juges d’instruction, et qui fait ou refait connaissance avec les cellules inconfortable de la rue du Château-des-Rentiers et les chambres spécialement aménagées pour les hôtes de marque de la police du vieil Hôtel-Dieu.

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On devrait, dans les jours qui viennent, voir de prestigieux défroqués de la politique tels François Léotard, des battus du suffrage universel comme Renaud Donnedieu de Vabres et de paisibles retraités de la haute politique comme Édouard Balladur, arrachés à la douceur de la Côte d’Azur ou à la quiétude de leur appartement des beaux quartiers y répondre aux convocations et aux questions des juges.

Rien, je dis bien rien, n’autorise à mettre en doute l’indépendance de magistrats tels que Renaud Van Ruymbeke ou Roger Le Loire qui font leur métier dans le strict respect de la justice et ne font que leur métier lorsqu’ils poursuivent des délits et des délinquants que couvrait jusqu’à présent de son ombre, comme un parapluie familial, l’immunité attachée aux faits, aux gestes et aux proches du président sortant. Mais rien n’interdit non plus de constater que, ces derniers temps, un certain nombre de procédures, engagées depuis longtemps et plus ou moins enlisées, connaissent une foudroyante accélération et que ces procédures – comme tous les chemins, paraît-il, à Rome -, convergent et mènent à Nicolas Sarkozy.

Affaire Bettencourt, affaire Tapie et maintenant affaire du financement de la campagne présidentielle d’Édouard Balladur par des commissions sur des marchés d’armes passés avec l’Arabie saoudite et le Pakistan, l’ancien ministre du Budget du gouvernement Balladur, puis chef de l’État de 2007 à 2012 apparaît dans ces trois dossiers, qu’il en soit le personnage principal ou qu’il y ait joué discrètement un rôle important.

Certes, on serait tenté de dire que les aveux tardifs de M. Ziad Takieddine qui semble mal supporter la détention et plus mal encore d’être lâché par ceux dont il fut le commensal, l’hôte et le bailleur de fonds du temps de sa splendeur, ne valent que ce que vaut M. Takieddine lui-même, c’est-à-dire aujourd’hui plus grand-chose. Mais la précision des accusations de l’ancien intermédiaire entre la France et les gouvernements corrompus de Ryad et d’Islamabad, le fait qu’elles recoupent parfaitement le faisceau de présomptions patiemment rassemblé par les magistrats, les traces trop nombreuses qu’a laissées derrière elle une bande pas si bien organisée que cela conduisent à prendre très au sérieux cet élément nouveau qui, dans la lumière sinistre de l’attentat meurtrier de Karachi, donne à cette affaire et à ses protagonistes une dimension qui dépasse singulièrement les minables tripatouillages des Guérini, Navarro et autres Dalongeville ou les vilains mensonges de Jérôme Cahuzac. Dès à présent, le précédent de 1995 confère une vraisemblance accrue à l’hypothèse d’un financement de la campagne présidentielle de 2007 par Kadhafi qui éclairerait d’un jour plus que déplaisant le rôle joué par la France dans la chute du fou de Libye.

On imagine bien qu’un certain François Hollande suit avec plus que de l’intérêt l’évolution et l’avancement de dossiers qui sont de nature à le débarrasser de l’adversaire potentiellement dangereux qu’il pourrait de nouveau affronter en 2017. À condition, bien entendu, qu’il soit encore en situation d’ici à quatre ans de demander le renouvellement du mandat qui lui a été confié par défaut et par erreur en 2012.

Source: BVoltaire