Économie, Écologie...

Baisse d’impôts : la double impasse de Valls

Éditorial Les Echos

Ce n’est pas seulement un « geste », mais le coeur d’une stratégie, affirme Manuel Valls. Pour le Premier ministre, la baisse d’impôt sur le revenu qui va être accordée à quelque 3 millions de foyers fiscaux doit être la première incarnation de son credo, jusqu’ici trusté par la droite  : « Trop d’impôt tue l’impôt. » Agir vite et fort, avec une mesure en vigueur dès septembre, c’est louable au vu de l’atonie de la croissance et de la perte de confiance vis-à-vis du gouvernement. Et cela rappelle la méthode Renzi en Italie, l’autre pays malade au coeur de l’Europe, qui fait baisser les charges sur les salaires dès ce mois-ci. Politiquement, la manoeuvre était incontournable : continuer à marteler que les impôts vont désormais baisser quand les contribuables vont constater une nouvelle hausse cet été – ou le constatent déjà pour ceux qui font leur calcul – aurait eu des effets ravageurs.

Pour autant, le gouvernement fait une double impasse. D’abord, contrairement à ce qui est affirmé, la mesure (1 milliard d’euros), n’est pas financée. Et ce n’est pas la première fois : les gestes consentis sur le plan d’économies de 50 milliards (petites retraites, RSA) ne le sont pas non plus. On parviendra bien à trouver les quelque 700 millions d’euros nécessaires ailleurs, indiquait-on en substance à l’annonce de ces mesures destinées à calmer la fronde à gauche. La réponse est pour le moins légère pour un pays mis sous surveillance renforcée par la Commission européenne, et qui, à la différence de l’Italie, reste loin de la limite autorisée des 3 % de PIB de déficit.

Cette fois-ci, ce sont les pénalités infligées aux titulaires repentis de comptes non déclarés à l’étranger qui compenseront la baisse d’impôt. Mais utiliser des marges existantes, ce n’est pas financer une mesure nouvelle. Cela revient en outre à donner le sentiment que l’on disposerait d’une petite cagnotte, alors que celle-ci est dérisoire au regard des moins-values de recettes constatées depuis deux ans…

Les modalités de cette baisse d’impôt prêtent aussi à discussion. Bien sûr, en ciblant les bas revenus, le gouvernement corrige les effets de l’accumulation des taxations précédentes (qu’elles relèvent de Nicolas Sarkozy ou de François Hollande), qui ont conduit à faire basculer nombre de foyers peu aisés dans l’impôt. Mais si 3 millions d’entre eux vont en bénéficier, quid des 17 autres millions qui ont subi le plus les hausses d’impôts ? C’est la deuxième impasse. Leur ras-le-bol n’est pas près de se calmer. D’autant que le geste suivant – la baisse des charges salariales entre 1 et 1,3 SMIC au 1er janvier 2015 – sera ciblé sur des populations très proches. En entendant démontrer qu’il est le Premier ministre des baisses d’impôts, Manuel Valls risque de susciter des attentes qu’il n’aura pas les moyens de satisfaire.

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