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Bd Voltaire : « 4 septembre 1870 : quand la République a remplacé la France… »

Le 4 septembre 1870, profitant de la stupeur provoquée par la défaite de Sedan et la captivité de l’Empereur, un groupe d’hommes résolus faisait voter par le Corps législatif apeuré la déchéance de Napoléon III ; quelques heures plus tard, à l’hôtel de ville, Jules Favre et Léon Gambetta proclamaient la République.

Sans effusion de sang, le 4 septembre fut un véritable coup d’État. Une opération menée habilement pour imposer un régime politique à un pays qui, quatre mois plus tôt, avait plébiscité l’Empire constitutionnel libéral. Et qui portera bientôt 400 monarchistes au palais Bourbon, contre seulement 250 républicains. Pourquoi donc des institutions dont la France ne voulait pas ont-elles réussi à s’enraciner ?

D’abord parce qu’en France, la République est un mythe. Personne ne sait la définir autrement que par opposition : est républicain ce qui n’est pas monarchiste. Contre la vieille légitimité monarchique qui a construit notre pays, il fallait créer une mythologie nouvelle. Après les péripéties politiques du XIXe siècle, cette mythologie arrivait sans doute au bon moment.

Ensuite parce que, pour imposer le régime, le génie des républicains fut d’identifier la République à la France. Or, c’était une gigantesque subversion : jamais notre pays n’a été réductible à ses institutions. Dans l’armée, par une impitoyable chasse aux sorcières dans les rangs de l’administration, au sein de l’école surtout, Gambetta et ses amis ont imposé partout le mot pour créer la chose. « La République est belle ! » disait l’instituteur… L’usage de la majuscule contribuait au mythe. Peu à peu, le mot France a été remplacé par le mot République. Il suffit d’écouter ou de lire la quasi-totalité des hommes politiques pour s’en convaincre.

L’adjectif « républicain » est devenu si courant que personne ne s’insurge plus

contre son utilisation mal à propos. Peut-on parler d’école, de justice, de police, de morale, sans y ajouter « de la République » (avec la majuscule) ? Peut-on être Français, animé d’un amour sincère pour son pays et ses compatriotes, sans sacrifier à ce tic de langage ? Peut-on, sans passer pour un fieffé réactionnaire ou un indécrottable maurassien, refuser l’utilisation d’un terme qui, sorti du droit constitutionnel, ne signifie rien ? Est-il permis de s’étonner de cette majuscule qui transforme le mot en nom propre ?

La France préexiste à son système politique. Elle lui survivra évidemment. Elle n’a pas besoin d’une telle personnification de ses institutions. Personnification voulue, sciemment, par les auteurs du 4 septembre, pour des raisons tactiques ; il s’agissait d’instiller dans l’esprit des Français l’idée selon laquelle la forme républicaine constituait l’ultime étape du progrès politique. Le monarque était le père du peuple. On lui a substitué le buste en plâtre d’une fille de la rue. La leçon est magistrale. Elle pourrait resservir. Pensons au drapeau européen qui envahit nos édifices publics…

Mais il est temps, après 144 ans, de penser à la France plus qu’à son régime politique. Non seulement parce que nous vivions, jusqu’au quinquennat, sous une Constitution quasi monarchique, mais encore parce que l’incantation ne sauvera pas notre pays. Invoquer la République sans cesse ne sert à rien pour rétablir le lien social délité dans une société qui, à force d’aveuglement, a remplacé une partie de sa population par une autre. Par des gens pour qui le mot République ne signifie rien.

« La France est belle », dira un jour l’instituteur…

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