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BHL appelle à boycotter Sotchi : Jean-François Kahn lui répond

Dans le HuffingtonPost.fr, Bernard Henri-Lévy appelle à quitter les jeux de Sotchi. Que vous inspire cette prise de position ?

Jean-François Kahn: Tout d’abord Bernard Henri-Lévy déteste le sport: il n’aime ni le football, ni l’athlétisme, ni les sports d’hiver. Tous les prétextes sont donc bons pour faire interdire les compétitions sportives! Plus sérieusement, on peut s’interroger sur sa légitimité et sur la complaisance des médias à son égard. BHL n’a aucune responsabilité politique, il n’est pas élu. Dans ces conditions, comment expliquer qu’il lui suffise d’un coup de téléphone pour bénéficier d’une dépêche AFP?

Sur le fond, je rappellerais simplement que BHL nous a entrainés dans la guerre en Libye dont nous payons aujourd’hui les conséquences, notamment au Mali. Nous attendons toujours son autocritique. Je trouve extraordinaire qu’un philosophe soit à ce point incapable de faire preuve de recul sur ses propres actes. Comme tout le monde, je suis choqué par la violence des évènements qui se déroulent en Ukraine. Mais je refuse totalement la vision simpliste et néostalinienne de BHL. Sait-il par exemple qu’une partie des manifestants de Kiev appartiennent à un parti d’extrême droite qui se revendique «national socialiste»? BHL, pour qui la pensée est une forme de guerre, a une fâcheuse tendance à plaquer sur tous les sujets le manichéisme qu’il y a dans sa tête.

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Comme vous l’avez rappelé Bernard Henri-Lévy aurait eu une influence déterminante dans la guerre en Libye. Est-il sorti de son rôle d’intellectuel ?
C’est un photomontage humoristique qui circule sur le Net mais réalisée à partir d’une vraie photo :

Bernard Henri-Lévy a parfaitement le droit de prendre position et même de s’engager. En revanche, je suis choqué par la facilité avec laquelle il parvient à convaincre les hommes politiques. Après avoir été le conseiller en politique étrangère de Nicolas Sarkozy, il est en train de devenir celui de François Hollande. Le rôle d’un intellectuel est de s’exprimer au nom d’une vision éthique et morale tandis que le politique doit tenir compte de la réalité. Un dirigeant responsable ne peut pas faire de la géopolitique avec une vision du monde en noir et blanc comme celle de BHL. Pour légitimer une intervention en Syrie, le philosophe n’a pas hésité à repeindre les rebelles syriens en anges immaculés alors même que ces derniers comptent des djihadistes dans leurs rangs. BHL est incapable d’admettre que même chez les bons, il y a des méchants. Cette réalité heurte son système binaire.

De Sarajevo à la guerre en Syrie, BHL a toujours milité pour le droit d’ingérence. A-t-on assez mesuré les conséquences tragiques de cette idéologie ?

On ne peut nier les conséquences catastrophiques des ingérences en Irak et en Libye où le djihadisme n’a jamais autant prospéré et où les massacres continuent tous les jours. BHL n’a jamais reconnu qu’il s’était trompé et le dossier a été enterré par les médias. Pour autant, dire que l’interventionnisme est par essence condamnable est aussi manichéen que l’inverse. En matière de géopolitique, tout dépend des circonstances et du contexte, même s’il faut tirer les conséquences de l’histoire. Il est difficile de citer une intervention qui a réussi, surtout lorsque c’est l’occident qui intervient en orient.

source : Le Figaro

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