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BHL : «La mémoire de la gauche, c’est le souci du monde contre cette saloperie qu’est le souverainisme»

En pleine crise identitaire, que peut apporter le judaïsme ? Est-il universel au sens du souci, de la pensée de l’Autre ? Cet «Autre» qui peut revêtir tant de visages. C’est ce à quoi tente de répondre le philosophe, au travers de questions d’actualité politique et intellectuelle.

(…)

Vos adversaires vous taxent de naïveté historique. Ils vous reprochent d’avoir cru que les droits de l’homme pouvaient l’emporter partout et qu’il suffisait d’écarter les tyrans pour que l’évidence du bien triomphe.

Je n’ai jamais pensé cela. J’ai cru, en revanche, que quand un peuple se soulève, quand il est étripé pour cela et qu’il vous appelle désespérément à son secours, votre devoir est de lui répondre. Ça, pour le coup, c’est la vraie mémoire de la gauche. L’internationalisme contre le non-interventionnisme. Le souci du monde contre le nationalisme. La générosité contre cette saloperie qu’est, aujourd’hui comme hier, le souverainisme. C’est quoi, le souverainisme ? C’est l’idée que le droit n’existe pas ou qu’il est, plus exactement, sujet à la loi des frontières.

Prenez l’exemple de la Libye, où la chute de Kadhafi, provoquée par une intervention militaire occidentale, a instauré un chaos meurtrier dont profitent les islamistes.
L’islamisme est une histoire ancienne qui remonte – au minimum – à l’Algérie des années 80 et à l’Iran de la révolution khomeyniste. Réduire cet ébranlement colossal, cette révolution, à l’épisode libyen n’a pas de sens.

Avec le recul, beaucoup disent qu’il valait mieux laisser Kadhafi en place.
Recul pour recul, et si on veut vraiment jouer au jeu de prophéties rétrospectives, savez-vous ce qui est le plus probable ? Si on n’était pas intervenu, si on avait laissé Kadhafi aller au bout de ses projets meurtriers, la Libye serait devenue une deuxième Syrie.

Une «deuxième Syrie» ?

Oui. Parce que je veux bien que l’on ait, avec la Libye, un modèle de ce que peut donner, en mal comme en bien, une intervention. Mais alors, il faut admettre que l’on a, avec la Syrie, le modèle, symétrique encore, de ce que donne la non-intervention. Bilan ? Un pays vidé de ses habitants. Le flot des réfugiés et des migrants. Et 300 000 morts. Et Daech, non pas dans trois villes, mais dans la moitié du pays.

Donc, aucun regret ?
Aucun, bien sûr.

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