Économie, Écologie...

Campofrio intéressé par l’importation de viandes porcines surgelées

Le leader européen de la charcuterie a affirmé sa volonté d’importer prochainement des morceaux de viandes porcines surgelées de pays à bas coûts et de les transformer ensuite en Europe.

Voilà qui ne devrait pas arranger les affaires de la filière porcine française. Déjà en proie à de graves problèmes de rentabilité et de baisses de volumes, elle pourrait se heurter bientôt aux importations massives de viandes venant de pays à bas coûts. Le groupe espagnol Campofrio, leader européen de la charcuterie, et présent en France avec les marques Jean Caby, Aoste et Justin Bridou, affiche un vif intérêt pour cette solution.

« Nous allons produire, abattre et découper des porcs dans des pays comme le Brésil et réaliser ensuite les opérations de finition en Europe », a affirmé le 26 novembre, Karl-Heinz Kiesel, le vice-président du groupe, lors du 10ème colloque Agro Finance organisé par Agra Alimentation et Agro Food. « Les aspects sanitaires ne sont plus un problème, ni le transport. Nous pouvons passer par l’aérien pour transporter des viandes surgelées, sans surcoût », a-t-il insisté.

Surtout dans l’entrée de gamme

Une idée qui a fait froid dans le dos aux acteurs français du secteur. « C’est un réel risque pour la filière, que Campofrio agite depuis longtemps. Nous savons qu’ils vont le faire », a réagi Grégoire Gonnord, le président du conseil d’administration du groupe familial Fleury Michon. « Mais notre groupe n’est pas sur cette stratégie qui concerne surtout l’entrée de gamme », a-t-il ajouté, en soulignant « la montée en gamme et la traçabilité des produits » que son commercialise.

Du côté de la Fédération française des industriels charcutiers traiteurs (Fict), le ton est plus prudent. « Cela va mettre du temps à s’installer. Mais c’est déjà le cas pour certains morceaux ou produits à base de porcs importés de Chine, car les industriels de première transformation ont tout simplement arrêté certaines opérations », souligne Robert Volut, le président de la Fict.

Le secteur français souffre depuis plusieurs mois. Quatre PME ont déposé le bilan depuis septembre, notamment la charcuterie alsacienne Iller (250 personnes), la société sarthoise de rillettes Boussard (20 personnes), mais aussi le groupe Geo-Madrange à Ablis (Yvelines) employant 155 personnes. 1 000  à 1 500 emplois sont menacés dans une filière qui emploie 35 000 personnes, estime la Fict, qui regroupe quelque 300 entreprises.

Selon Robert Volut, « les industriels français ne seront pas les seuls touchés par ces importations. Le problème se pose au niveau européen ». En attendant, les industriels français et européens suivront de près la stratégie d’approvisionnement de leur concurrent espagnol. Qui pourrait leur donner aussi des idées…

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