Économie, Écologie...

Comment la France se vide de ses usines

Plus de 190 usines ont mis la clef sous la porte depuis le début de l’année.
Les créations de sites industriels ont chuté de 25 % depuis janvier, selon Trendeo.

Le chimiste Kem One, les abattoirs Gad ou le fabricant de cloisons amovibles Clestra… Les dossiers chauds ne manquent décidément pas pour le ministère du Redressement productif. Après une année 2012 marquée par l’arrêt des hauts-fourneaux de Florange (Moselle) et la fermeture de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois, les restructurations industrielles ne donnent pas de signe de ralentissement. Selon les données de l’observatoire Trendeo, le nombre de fermetures d’usines est resté quasi stable, avec 191 annonces depuis le début de l’année. En revanche, le solde net s’est sensiblement dégradé en raison d’une baisse de 25 % des créations de sites depuis janvier, à 71 unités.

Au total, 1.253 fermetures d’usine ont été recensées dans l’Hexagone depuis janvier 2009, pour 640 créations. « Pour deux usines qui ferment, une seule est recréée », explique David Cousquer, de l’observatoire Trendeo. Pénalisés par des carnets de commandes dégarnis, confrontés à des surcapacités de production et à une demande atone en Europe, les industriels freinent en effet leurs investissements. Selon une note de l’Insee du 29 août, les chefs d’entreprise du secteur manufacturier anticipent une baisse de leurs dépenses d’équipement de 6 % en 2013 par rapport à 2012. L’investissement resterait stable dans les industries agroalimentaires, mais serait largement tiré vers le bas par l’automobile (– 25 %), après un exercice 2012 qui avait pourtant marqué un rebond de 22 %. Forcés de remettre du carburant dans la machine après des années de restriction, les acteurs de l’automobile s’étaient alors décidés à réinvestir dans un marché difficile. Mais pas question cette fois-ci de réitérer la démarche.

La rentabilité des entreprises du secteur est au plus bas, martèle le Groupe des fédérations industrielles (GFI). « Le moteur de l’investissement qu’est la marge n’est pas là. Il n’y a pas de reprise industrielle en France », expliquait récemment aux « Echos » son président, Frédéric Saint-Geours.

Même des groupes rentables

Cette situation a de lourdes conséquences sur l’emploi. L’industrie manufacturière a ainsi vu ses pertes nettes d’emplois se creuser, passant de 14.000 sur les huit premiers mois de 2012 à 17.000 sur la même période de 2013. Cette dégradation provient notamment des secteurs de l’agroalimentaire, de l’ameublement, de la plasturgie et du caoutchouc. Depuis cinq ans, plus d’une dizaine de sites de production de meubles ont fermé chaque année dans l’Hexagone.

Les groupes très rentables n’échappent pas au phénomène. Mi-septembre, Air Liquide a annoncé la suppression de 160 postes et la fermeture d’un site à Bobigny, tandis que Total décidait de la fermeture d’une unité pétrochimique à Carling (Moselle). Au total, l’industrie française a perdu près de 140.000 emplois depuis janvier 2009, estime Trendeo.

A ce jeu, toutes les régions ne sont pas logées à la même enseigne. L’Ile-de-France est particulièrement touchée, avec une perte nette de 4.600 emplois depuis janvier. La Picardie vient en deuxième place, pénalisée par l’arrêt de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord.

Emmanuel Grasland