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    Russie : 6 mois de cabane au bord du lac Baïkal

    Une demi-année de solitude au lac Baïkal, c’est le défi qu’a relevé Sylvain Tesson, 39 ans. Ce géographe avait déjà multiplié les expériences extrêmes, dont le tour du monde en vélo et la traversée de l’Himalaya à pieds. Cette fois-ci, il ne se déplace pas mais reste seul, de février à juillet, dans une cabane en rondins chauffée au poêle à bois.

    BAI133Pour tout viatique : six mois de vivres, de la vodka, des cigares et des livres. La lecture et surtout l’écriture lui apportent du réconfort. « L’ennui c’est le sang qui coule de la blessure du temps”, note-t-il un soir de spleen.

    « Le bonheur d’avoir dans son assiette le poisson qu’on a pêché, dans sa tasse l’eau qu’on a tirée et dans son poêle le bois qu’on a fendu : l’ermite puise à la source. La chair, l’eau et le bois sont encore frémissants. Je me souviens de mes journées dans la ville. Le soir, je descendais faire les courses. Je déambulais entre les étals du supermarché. D’un geste morne, je saisissais le produit et le jetais dans le caddie : nous sommes devenus les chasseurs-cueilleurs d’un monde dénaturé. En ville, le libéral, le gauchiste, le révolutionnaire et le grand bourgeois paient leur pain, leur essence et leurs taxes. L’ermite, lui, ne demande ni ne donne rien à l’État. Il s’enfouit dans les bois, en tire subsistance. Son retrait constitue un manque à gagner pour le gouvernement. »

    Devenir un manque à gagner devrait constituer l’objectif des révolutionnaires. Un repas de poisson grillé et de myrtilles cueillies dans la forêt est plus anti-étatique qu’une manifestation hérissée de drapeaux noirs. Les dynamiteurs de la citadelle ont besoin de la citadelle. Ils sont contre l’État au sens où ils s’y appuient. »