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Tristes tropiques : plaidoyer pour un tourisme de proximité – Par Marie-Thérèse Bouchard

Texte de Marie-Thérèse Bouchard via Novopress

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Lever les yeux vers le Vercors ou regarder les îles de la Madeleine à l’Orient (depuis Montréal) est un bon moyen de pécho de l’exotisme à faible coût. Et la bonne nouvelle, c’est que plus l’exotisme est proche, plus on est assurés de ne croiser personne sur sa route.
Prôner l’enracinement par l’assiette et critiquer Zara est une chose. Mais avouer que visiter le Pérou par millions est une ineptie demande un certain courage intellectuel, que je n’ai pas le loisir d’observer souvent.

Tous ces Occidentaux qui traversent le globe pour poser leur cul dans le sable de l’Océan Indien ont-ils seulement conscience des conséquences dramatiques de leur désir de flotte azure ? Du bétonnage des côtes, des habitants chassés de leurs propres plages, contre une semaine de spa ? De ce coin de paradis auquel se raccrochaient ceux qui n’avaient rien et qui en sont chassés par la simple force du marketing ? Pourquoi les Maldives, la Barbade, les Bahamas, les Seychelles plutôt que Sainte-Lucie, les Antilles Néerlandaises, la Grenade ?

Comment le hasard et la stratégie d’un cabinet de consulting ont détruit des bouts de terre perdus dans la mer, que le monde ignorait encore il y a cinquante ans ? Est-ce vraiment ce « tourisme » auquel on se forme dans les écoles que nous/ils méritons/méritent ?

Depuis un paquet de décennies seulement une poignée de gosses et de cadres estiment que le niveau de réussite s’évalue aux milliers de kilomètres effectués. Cet exotisme low-cost et facile a tué le mythe du voyageur et de la découverte. Qui sommes-nous, Conquistadores de la fin de l’Histoire, pouvant rejoindre Lhasa en train, pour débarquer sur une terre qui ne nous appartient pas, troquant nos euros contre des dollars pour enrichir artificiellement une population qui quitte ses campagnes pour nous permettre de réaliser nos fantasmes de touristes ? Combien de familles de Chine ont renoncé à leur maison et à leur relative liberté pour devenir des esclaves nettoyant en continu l’aéroport d’une mégapole ? Quid des Indiens du Brésil, chers à ce cher Lévi-Strauss, venus grossir les favellas de Rio contre un job de cireurs de chaussures de Yankees ? Notre désir d’exotisme a conduit à la destruction de la faune et de la flore de coins perdus, à l’exil de gens que certains dénigrent ici, notre propre immigration temporaire chez eux perpétuant le mythe Delnortedorado, où tout le monde ramasse l’argent poussé sur les arbres.

Question qui tue aux militants anti-immigration : et notre immigration à nous, avec nos shorts dans des temples, nos tongs dans des favellas, nos canettes de Coca dans la forêt vierge, est-elle vraiment moins destructrice que celle que vous rêvez de « renvoyer chez eux » ? Et comment nous, Continuer la lecture de Tristes tropiques : plaidoyer pour un tourisme de proximité – Par Marie-Thérèse Bouchard