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Crise en Espagne : l’heure est au bilan

Selon la Banque d’Espagne, l’économie espagnole a connu au quatrième trimestre son recul le plus marqué depuis plus de trois ans. Le PIB du pays a, en effet, baissé de 0,6 % au cours des trois derniers mois de 2012, par rapport au troisième trimestre. La banque souligne en particulier que la demande des ménages et des entreprises a chuté de 1,9 % par rapport au troisième trimestre.


Etat des lieux

 

Une situation économique qui trouve en partie son explication dans la politique de rigueur mise en place par le gouvernement de Mariano Rajoy. A titre d’exemple, depuis le 1er septembre la TVA a été augmentée et la prime de fin d’année des fonctionnaires a été supprimée. Sous la pression des marchés et de l’Union européenne, le gouvernement a multiplié les coupes budgétaires et les hausses d’impôts, pour tenter de ramener son déficit public de 9,4 % du PIB en 2011 à 6,3 % en 2012, puis à 4,5 % en 2013 et à 2,8 % en 2014.

 

Et ce n’est pas la hausse du chômage qui risque de relancer la consommation des Espagnols. Le niveau record du chômage, qui touche un quart des actifs, a indéniablement contribué à affaiblir la demande intérieure. La quatrième économie de la zone euro a en effet enregistré en janvier 132 055 chômeurs de plus qu’en décembre (+ 2,72 %). Sur un an, il y a eu 380 949 nouveaux demandeurs d’emploi (+ 8,28 %) pour arriver au total de 4 980 778 de chômeurs.

 

L’Espagne doit continuer ses efforts

 

Ces efforts consentis par les Espagnols ont cependant été salués par Mario Draghi qui n’a pas hésité à féliciter le gouvernement espagnol pour les progrès budgétaires réalisés. « La situation économique, la situation sociale sont difficiles et le peuple traverse une période pénible », a estimé le président de la Banque centrale européenne. « Mais l’Espagne est sur la bonne voie et aujourd’hui les banques en Espagne présentent un bilan beaucoup plus sain. Aujourd’huil’Espagne présente ce qui est probablement la reprise et la résolution du système bancaire la plus avancée de la zone euro », a-t-il ajouté.

 

Si l’Espagne a reçu 40 milliards d’euros de l’Union européenne afin d’assainir son secteur bancaire, le Fonds monétaire international estimait au début du mois de février que les risques qui pesaient sur l’économie espagnole, en particulier sur son secteur bancaire, restaient élevés. Aussi le FMI a-t-il exhorté les dirigeants espagnols maintenir leur politique de rigueur et de mettre « en œuvre sans exception » l’ensemble des réformes engagées.

 

Les Espagnols ne veulent plus de la rigueur

 

Mais les premiers concernés par cette politique de rigueur n’en peuvent plus. Le week-end dernier, deux grandes manifestations ont mobilisé, des milliers d’Espagnols en colère, dans une cinquantaine de villes, notamment à Madrid et à Barcelone. Samedi après-midi, ils manifestaient pour réclamer une nouvelle loi afin de mettre fin à la vague d’expulsions de propriétaires surendettés et ruinés par la crise. « Que se passe-t-il ? Nous n’avons pas de maison », scandaient-ils. En Espagne, 500 familles sont expulsées chaque jour de chez elles et récemment plusieurssuicides de propriétaires sur le point d‘être expulsés ont ému l’opinion publique.

 

Dimanche, ce sont des milliers de médecins et d’infirmières en blouse blanche qui sont descendus dans les rues de Madrid et de 15 autres villes d’Espagne, contre les privatisations des hôpitaux et les coupes budgétaires qui selon eux mettent en péril la santé publique. Le gouvernement régional de Madrid prévoit en effet de privatiser partiellement six des vingt grands hôpitaux de la région ainsi que 27 centres de santé, sur un total de 270. Un coup dur de plus pour les foyers les plus pauvres…

 

Les ONG appellent le gouvernement à lutter contre la pauvreté

 

C’est dans ce contexte, qu’Amnesty International, Greenpeace et Oxfam, ont interpellé, lundi 18 février, le chef du gouvernement, Mariano Rajoy, en lui demandant dans une lettre ouverte de placer la lutte contre la pauvreté parmi ses priorités : « Avec les politiques actuelles menées par le gouvernement, nous sommes en passe de devenir un pays plus pauvre, plus injuste et plus instable », ont écrit les trois organisations non gouvernementales.

 

« Les mesures adoptées par le gouvernement ont eu pour effet que presque deux millions de familles espagnoles n’ont plus aucun revenu et qu’une sur quatre vit dans la pauvreté ou dans des conditions d’exclusion sociale », ont ajouté les ONG qui exigent « une plus grande protection des droits des personnes » et « un changement dans la politique budgétaire et économique ». Reste à savoir si le gouvernement suivra les conseils de la Banque centrale européenne ou d’Amnesty International…

 

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