Média-mensonge et propagande,  Politique

Des média trop conformistes ?

Robert Ménard et Nicolas Poincaré débattent sur le conformisme médiatique et la défiance de plus en plus importante qu’éprouvent les français envers les journalistes.
C’est Ménard qui de mon point de vue se rapproche le plus de la vérité. Les journalistes sont comme la classe politique dominante, ils ont suivi la dérive de la gauche bobo dénoncée par Jean-Claude Michéa: Libéraux en économie et libertaires sur les questions de sociétés.

Qu’est-ce qui, selon vous, explique ce conformisme ?

R. M. Les journalistes viennent des mêmes écoles, ils ont les mêmes lec­tures – c’est-à-dire qu’ils lisent leurs confrères. Le 20 heures, ou le journal à la radio, c’est un mélange du Monde et du Parisien. Les gens ont l’impression d’entendre toujours la même musique.

N. P. C’est vrai qu’il y a un conformisme social : il y a plus de fils de fa­milles aisées que de fils d’ouvriers au sein des rédactions. Pour lutter contre les idées reçues, je ne vois pas d’autres façons que de faire correctement son travail, honnêtement, en donnant la parole à tout le monde, en effet. C’est un impératif professionnel. Mon indépendance, c’est mon crédit. Si je l’aliène, c’est tout mon capital qui s’effondre ! Sur les tests à la maternelle, qu’a fait la journaliste chargée des questions sco­laires à Europe 1 ? Elle a rencontré des enseignants, des directeurs d’école – pas seulement des syndicalistes – et, à la fin de la journée, elle a fait un “papier” bien informé et très nuancé. Pourquoi ? Parce qu’elle est allée sur le terrain. C’est le b.a.-ba du métier, ce qui fait notre légitimité – et notre crédit. Au demeurant, je ne crois pas qu’on puisse dire, comme le fait Robert Mé­nard, que tous les journalistes pensent la même chose : c’est une généralisation qui me paraît abusive.

Dans le concert que vous décrivez, Robert Ménard, il y a en effet des voix discordantes : Élisabeth Lévy, Éric Zemmour, Éric Bru­net, Ivan Rioufol, vous-même…

R. M. Cinq journalistes sur 35 000, c’est peu pour conclure que la presse est submergée par un raz-de-marée réactionnaire ! Je veux bien reconnaître qu’il faudrait dire que “la majorité” des journalistes – surtout des éditoria­listes – pensent la même chose. Donc, pas “tous” les journalistes… mais je le maintiens : la crise de la presse, ce n’est pas “la faute au pouvoir politique”, qui nous dicterait ce qu’il faut écrire. Ce n’est pas “la faute aux puissances d’argent” (la pub), qui nous imposeraient de “faire de l’audience”. La crise de la presse, c’est la faute au conformisme. Donc, c’est notre faute, à nous journalistes. J’aime ce métier, j’ai défendu la liberté d’expression avec Reporters sans frontières pendant plus de vingt ans, j’ai de la sympathie pour les journalistes. Je dis juste que nous devons être curieux des gens. Régis Debray a dit que « penser, c’est penser contre soi ».

Il dit aussi que l’élite des journalistes est acquise à l’idéologie ambiante, qu’il résume ainsi : « Davos et le cannabis, la fin du Smic plus le multiculturalisme ». Donc libérale en économie mais li­bertaire sur les sujets de so­ciété. Les journalistes sont-ils de gauche ou de droite ?

N. P. Honnêtement, je trouve que les rédactions sont beaucoup moins politisées qu’avant. Il y a quelques années, on savait au bout d’un mois qui votait à gauche et qui votait à droite : les journalistes avaient des opinions assumées. Aujourd’hui, ce conformisme n’est ni de droite, ni de gauche, mais plutôt “bien pensant”. En 2003, quand Dominique de Villepin prononce son discours contre la guerre en Irak, la plupart des journalistes approuvent. Or, les mêmes étaient presque tous d’accord avec François Mitterrand quand il avait engagé la France dans la première guerre du Golfe, en 1991… Et l’on pourrait mul­tiplier les exemples plus récents dans le même sens. C’est ce suivisme qui me dérange – la peur d’être seul contre tous. Je crois que beaucoup de ce conformisme vient de là.

R. M. La droite s’est rapprochée de la gauche, et la gauche de la droite. Ce conformisme est d’autant plus désarmant qu’il est fait de bons sentiments. Beaucoup de journalistes – les jeunes surtout – ont des idées tout à fait sympathiques, mais ils sont persuadés d’incarner le bien. Ce sont souvent les plus intransigeants.

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