Politique

Fabien Lherbier, une famille détruite pour un mauvais regard : « Quand j’ai appris leur sentence, j’ai fondu en larmes. Eux riaient dans le box »

Une rencontre, un mariage, trois enfants. Dix-neuf ans « à s’aimer, à se comprendre », se souvient Cathy Lherbier, dix-neuf ans « à élever nos enfants dans le droit chemin ». Une vie sans dette, sans addiction, sans problème. Fabien sillonne les chantiers de la région comme grutier, elle travaille dans une boulangerie. Les enfants grandissent et font la fierté de leurs parents.

[…]

Sa femme l’accompagne dans le coma, à son réveil – Fabien ne se souvient plus de sa femme ni de ses enfants -, puis lors de sa rééducation. Elle change de maison pour s’adapter à la vie de son mari traumatisé crânien, mais les colères sont fréquentes, et la vie devient impossible. Cathy refuse désormais de s’écrouler : « J’ai un petit-fils et bientôt une petite-fille, il faut avancer », glisse-t-elle avec une admirable détermination. Il n’empêche que sa lucidité prend aux tripes : « Je ne vis pas vraiment, je survis. La vérité, c’est que j’ai dû faire le deuil de ce mari avec qui j’ai été fusionnelle pendant dix-neuf ans. » Elle continue pourtant de l’accompagner. « J’aide un traumatisé crânien qui n’est plus vraiment mon mari… » Les enfants, eux, confient ne plus reconnaître leur père.

[…]Et pourtant, la haine ne fait plus partie des émotions de Cathy Lherbier : « Ils ont tout détruit. Si je continue à penser à eux, je risque le suicide. Je les ai sortis de ma vie. Ce que j’éprouve encore, c’est de la colère à l’égard des institutions : le chef de bande avait neuf condamnations quand il a massacré Fabien, il aurait dû être en prison… » Une impunité qui pourrait finir par pousser à tuer “pour un regard” ? La question revient chez ces dizaines de familles dévastées par un massacre ou un meurtre, dont personne ne se souvient : Théo, Grégory Baharizadeh, Axelle, Sofiane et Kevin… Qui se soucie encore de la vive douleur de ces familles ?

Valeurs Actuelles