Culture, idées, Média...,  Politique

Joseph Macé-Scaron : «L’identitarisme est une prison»

Source : Opinion indépendante

voir la fiche du journaliste plagiaire Joseph Macé-Scaron sur  wikipédia

Auteur de plusieurs romans et essais, dont L’Homme libéré, directeur de la rédaction de Marianne, Joseph Macé-Scaron vient de publier La Panique identitaire, livre stimulant qui analyse comment la question de l’identité s’est transformée en «une colérique assignation à résidence».

La-lecon-de-litterature-de-Mace-Scaron

En 2001, vous écriviez La Tentation communautaire. «Nos sociétés sont devenues de gigantesques foires aux identités», dites-vous aujourd’hui. Qu’est-ce qui a changé ?

Quand j’ai analysé la question communautaire, c’était dans une société française aux prises avec des communautés devenues folles avec pour objectif le communautarisme. Aujourd’hui, la question identitaire se pose à toutes les sociétés. Il s’agit d’une pandémie politique. On retrouve les mêmes aveuglements et les mêmes pratiques politiques ou idéologiques en France, en Europe, en Inde, en Turquie, au Moyen-Orient, au Japon…

Le renouveau ou l’émergence de ces revendications identitaires n’est-il pas dans une certaine mesure une réponse à une uniformisation du monde que génèrerait la globalisation ?

Bien sûr, mais c’est une réponse dévoyée. De même que le communautarisme répondait mal à la notion respectable de communauté, l’identitarisme répond à l’uniformisation en dévoyant l’identité. Tout le monde  a besoin d’identités, mais cela n’implique pas de créer des identités factices, des identités qui assignent les individus à résidence. Or, on peut avoir plusieurs identités avec une ou certaines plus fortes que d’autres, en fonction de son évolution, son existence. A l’inverse, l’identitarisme est une prison. Au lieu d’approfondir ses identités, ce qui amène à se rapprocher de l’Autre et non à s’en éloigner, on choisit des slogans, des identités artificielles ou de substitution qui apportent des réponses faciles, archétypales. C’est vraiment le problème de l’époque et il traduit un profond appauvrissement. Nous sommes dans une société censée être de plus en plus complexe et paradoxalement on demande de plus en plus à l’individu d’être un et indivisible.

On a le sentiment qu’un débat sur l’identité nationale est impossible en France. Une partie de la gauche le refuse par principe tandis qu’une partie de la droite le rabaisse ou l’instrumentalise.

Oui, ce sont les deux faces d’une même pièce. C’est parce que l’on nie l’identité et la légitime interrogation sur l’identité d’un pays que l’on crée l’identitarisme qui met à mal la notion d’identité. En France, soit on bannit ce débat ; soit on en parle mais d’une manière qui exclut toute une partie de la communauté nationale.

On a ainsi communautarisé l’identité française en en faisant la propriété de «Français de souche», de catholiques, de Blancs… On retrouve ce problème avec la notion de patrie. Pour une fraction de la gauche – même si des gens comme Mélenchon, Valls ou Chevènement peuvent l’invoquer – , l’idée même de patrie révolte. Et le pendant à droite consiste à forcer le trait avec un discours nationaliste. On n’arrive pas à parler posément de la patrie, ce qui est possible en Espagne, en Angleterre ou en Allemagne où les traditions politiques sont pourtant très différentes.

 

Une partie des classes populaires en France vote pour le FN en réaction à un sentiment d’insécurité culturelle ou identitaire mû par la crainte de devenir minoritaire. Que vous inspire cette crainte ?

J’évoque à un moment dans le livre «La manif pour tous». Personnellement, j’étais pour le mariage, mais il y avait plusieurs types de population chez les opposants. Des personnes étaient sincèrement inquiètes du devenir de la famille et de son identité. Ils défendaient donc une seule conception de la famille, conception qui n’avait existé que dans les manuels du XIXème siècle et qui relevait de l’identitarisme. Qu’il s’agisse de cette question ou de l’insécurité culturelle touchant des personnes désorientées socialement, économiquement ou culturellement, on ne peut pas faire comme si cela n’existait pas. Il faut y répondre sans stigmatiser ces personnes. Leurs interrogations sont légitimes et c’est la base même d’un débat politique et démocratique. Réduire ces gens à des représentants d’une France catholique, blanche, hétérosexuelle ne répond pas à leurs questions et les renvoie à des identités factices.

Lire la suite sur : Opinion indépendante

Prêchi Prêcha radio Prêchi Prêcha radio
LIVE OFFLINE