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La Chine veut devenir un géant mondial de l’or

Depuis deux ans, la Chine s’est lancée dans une politique d’achats massifs d’or. Les acquisitions de métal précieux auraient permis à l’Empire du milieu de devenir officieusement le 2e pays au monde pour ses réserves.

Une première salve avait été tirée en 2009: 454 tonnes d’or acquises en quelques mois. Pour les analystes, cette offensive corrigeait une incohérence économique: géant économique, l’Empire du milieu restait une puissance modeste sur le plan des réserves en métal précieux.

Ces deux dernières années, les autorités financières chinoises ont passé la vitesse supérieure: plus de 2500 tonnes d’or auraient rejoint les réserves nationales chinoises, soit autant que le montant total des stocks d’or français (2435,4 tonnes d’or). Et en 2013, la barre des 1000 tonnes devrait être franchie. Jamais aucun pays n’avait acheté un tel volume de métal jaune en une année. Le seul premier semestre avait vu les réserves gonfler de 700 tonnes (54% de plus que sur la même période de 2012).

L’or est au plus bas depuis trois ans

L’Asie se positionne désormais comme le continent qui attire le métal jaune: en dehors des pays du Moyen-Orient très gourmands traditionnellement, les deux principaux importateurs mondiaux sont désormais l’Inde et la Chine.

Des achats d’or renforcés par la moindre tension sur le marché du métal précieux: à moins de 1300 dollars l’once d’or lundi 11 novembre, les circonstances sont favorables à des acquisitions, plus qu’elles ne l’ont été depuis plus de trois ans… et la dernière vague d’achat massif.

Mais la Chine ne se contente pas d’acheter l’or à l’étranger. La production de ses mines monte en puissance: elle «devrait atteindre 430 tonnes cette année, contre seulement 403 tonnes l’an dernier», explique Du Haiqing, vice-directeur général de China Gold Group Corp, l’un des principaux producteurs.

Pékin maintient le flou sur ses stocks

Difficile pourtant de mesurer précisément le stock d’or détenu par Pékin: le pays conserve une certaine opacité en matière d’achats mais aussi de volume des stocks. Pour mesurer les fluctuations, les experts en sont réduits à scruter les transactions sur le marché de Hong-Kong, porte d’entrée de l’or mondial en Chine.

Tenu à s’en fier aux informations officielles, le World Gold Council continue donc d’afficher début novembre un stock d’or de 1054,1 tonnes pour la Chine, ce qui placerait le pays au 6e rang mondial, juste devant la Suisse (1040,1t).

En fait, des estimations d’experts basées sur les mouvements du marché de l’or à Hong-Kong et la production des mines chinoises chiffrent le stock de Pékin à plus de 3390 tonnes. Ce qui propulserait le pays au 2e rang mondial, derrière les États-Unis (8133,5t), mais désormais devant l’Allemagne (3390,6t).

Du dollar à l’or, pour soutenir le yuan

Et ces achats d’or s’intègrent dans une stratégie globale: fondé en 2002, le Shanghai Gold Exchange (SGE) est devenu la première place d’échange mondial du métal jaune, avec 1000 tonnes qui changent annuellement de mains (40% de la production mondiale annuelle). De plus, les banques chinoises ont des consignes pour investir dans les mines à travers le monde.

Avec une augmentation estimée à 100t par mois en moyenne ces derniers temps, la Chine pourrait rattraper et supplanter les États-Unis à l’horizon 2017. Mais quel est le but poursuivi par les dirigeants de Pékin? Pour obtenir la réponse, il convient de passer du métal précieux au papier-monnaie: le yuan.

Pendant des décennies, la Chine a bâti sa politique monétaire sur le dollar, multipliant les achats de billets verts (les réserves seraient de plus de 5000 milliards de dollars). Or, les émissions massives de dollars par la Fed (réserve fédérale américaine) ont eu pour effet de faire chuter la valeur de ces réserves.

Convertibilité en vue pour la devise chinoise

Pour Pékin, il s’agit donc de miser sur d’autres garanties. Après le billet vert, place au métal jaune. Et ce dernier pourrait offrir une plus grande stabilité au yuan, notamment en vue de sa convertibilité.

La devise chinoise souffre actuellement d’un manque de confiance de la part des marchés financiers. Des réserves d’or conséquentes pourraient changer la donne. Et certains prévoient déjà un basculement entre le dollar et le yuan comme monnaie de référence mondiale entre 2025 et 2030.