Économie, Écologie...

La France s’apprête à donner les clés d’EADS à l’Allemagne

Pendant que Montebourg brasse de l’air en menaçant de nationaliser le petit site de Florange, EADS risque de tomber dans l’escarcelle de l’Allemagne…

On creuse, on creuse, on creuse…

De plus en plus de rumeurs concordantes laissent à penser que Paris a accepté le montage financier mis au point par Berlin. La France céderait une partie de son capital à l’Allemagne.

C’est un scénario étrange, qui semble pourtant prendre consistance au fil des négociations. En discussions depuis quelques jours sur la recomposition du capital d’EADS, la France et l’Allemagne se dirigeraient, comme l’annonçait le quotidien allemand Handelsblatt vendredi dernier, vers un rachat par la banque publique allemande KFW de 3% des 15% du capital détenu par l’Etat français.

Le camp allemand rachèterait en outre les 7,5% détenus par le consortium bancaire Dedalus, et 1,5% au groupe automobile Daimler, ce qui porterait la participation totale de Berlin à 12%, soit une parité avec la France. L’agence Dow Jones assurait lundi après-midi qu’un accord pourrait être trouvé d’ici la fin de la semaine prochaine, l’Espagne restant quant à elle à 5,5%.

Cette sacro-sainte parité exigée par Berlin 

Que changerait une telle recomposition du capital ? La réponse est simple : tout. D’un strict point de vue comptable, l’Allemagne, qui n’est aujourd’hui pas actionnaire d’EADS, passerait de 0 à 12% du capital ; la France, elle, verrait sa part chuter de 15 à 12%. +12 d’un côté, -3 de l’autre : pas besoin de concourir à la médaille Fields, sorte de Prix Nobel de mathématiques, pour voir que la nouvelle répartition du capital serait un véritable coup de Trafalgar, qui verrait la France s’aligner à 100% sur les exigences allemandes.

Ce ne serait pas la première fois : la France s’était bien gardée de critiquer le veto allemand à la fusion EADS-BAE, annoncé par téléphone à François Hollande par la chancelière Angela Merkel, se contentant d’en prendre acte. En acceptant le schéma évoqué plus haut, Paris accepterait de s’adapter à un problème essentiellement germano-allemand : la crispation de Berlin sur la sacro-sainte parité entre France et Allemagne (22,5 % dans chaque camp).

Selon le scénario craint par Berlin, et de fait le plus probable, les actionnaires industriels Lagardère (7,5% du capital) et Daimler (15%) vendraient rapidement leurs parts, de même que le consortium de banques allemandes Dedalus (7,5% du capital). Pour maintenir une parité avec l’Etat français (15% des parts), Berlin devrait donc, en toute logique, monter à 15%, et donc investir en conséquence. La vente de 3% par la France lui permettrait de s’en tirer à moindre frais, en établissant la ligne d’équilibre à 12%.

(…)

L’Allemagne privilégie ses intérêts, pas ceux des actionnaires privés

Le problème va bien au-delà de la simple équation mathématique. Le président exécutif Tom Enders voulait un groupe « normalisé », donc libéré de la tutelle des Etats ? Il se retrouve avec trois Etats actionnaires directs. Dont un, l’Allemagne, engagé dans une guérilla politique depuis plus d’un an pour défendre ses sites industriels : le coordinateur du gouvernement allemand pour l’aéronautique, Peter Hintze, avait même envoyé une lettre à Tom Enders en février 2012, de disant « extrêmement préoccupé par la concentration et la centralisation des compétences de recherche-développement » sur le site de Toulouse.

Le directeur financier d’EADS Harald Wilhelm avait adressé un message clair à Berlin le 8 novembre dernier, souhaitant que les nouveaux actionnaires « aient à cœur de protéger les intérêts de la société (…) et de préserver les intérêts des actionnaires privés ». La France, actionnaire à 15% d’un champion industriel unique en Europe, serait bien inspirée d’y réfléchir à deux fois avant de brader les siens.

 

Lire l’article sur Challenge