Économie, Écologie...

La qualité du sperme des Français varie selon les régions. L’Aquitaine et Midi-Pyrénées les plus touchées.

Les hommes possèdent deux fois moins de spermatozoïdes qu’il y a 50 ans. En France, pour un homme de 35 ans, on constate une forte diminution du nombre de spermatozoïdes entre 1989 et 2005 et une augmentation du nombre de spermatozoïdes malformés. Le taux de couples n’ayant pu concevoir après 12 mois sans contraception est passé de 14% en 1991 à 24% en 2012. En cause : les pesticides, entre autre. Les hommes des régions Aquitaine et Midi-Pyrénées (riches en terre céréalières), sont plus touchées que les autres.

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L’Institut de veille sanitaire a publié cette semaine une première analyse spatiale de la baisse de la qualité du sperme en France. Les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées sont les plus touchées.

La qualité du sperme des Français décline. Ce n’est malheureusement pas nouveau. En décembre 2012, une équipe de l’Institut de veille sanitaire (InVS) annonçait déjà que la concentration en spermatozoïdes et la proportion de spermatozoïdes bien formés (un paramètre appelé «morphologie du sperme») avait baissé de plus de 30% entre 1989 et 2005. Or, ces deux critères sont déterminants pour la fertilité masculine – un spermogramme normal contient entre 50 et 200 millions de spermatozoïdes par mL et plus de 30% de spermatozoïdes «normaux» (selon la norme qui était en vigueur dans la période d’étude).

Un peu plus d’un an plus tard, les mêmes chercheurs précisent dans la revue Reproduction que cette dégradation globale se retrouve dans presque toutes les régions de France. Seules la Bretagne, la Franche-Comté et le Languedoc-Roussillon semblent à peu près épargnées (les données pour cette dernière région sont toutefois assez limitées). La morphologie du sperme des Bretons et des Francs-Comtois s’est légèrement améliorée entre 1989 et 2005 tandis que la baisse de la concentration y a baissé plus faiblement que dans le reste de la France ou a très peu évolué (Languedoc-Roussillon).

201409_fr_concentration_spermeAu contraire, la situation est préoccupante dans les régions Aquitaine et Midi-Pyrénées. La dégradation du sperme des habitants y est nettement plus marquée que dans le reste de la population. Les facteurs comportementaux les plus courants liés à un sperme de mauvaise qualité (obésité, alcool et tabac) ne sont pourtant pas plus marqués que dans le reste de la France. On constate, en revanche, que ces régions sont les plus agricoles de France, que ce soit en termes de surface, de nombre d’exploitations ou d’employés agricoles. Elles rassemblent notamment un grand nombre d’exploitations viticoles, les cultures les plus gourmandes en pesticides par unité de surface.

«Nous émettons l’hypothèse que l’exposition aux pesticides y est peut-être plus importante que dans les autres régions», explique Joëlle Le Moal, principale auteure de l’étude. «Des données expérimentales, notamment chez l’animal, ont montré que certains pesticides ont une influence sur la qualité du sperme. Certaines études épidémiologiques menées en milieu professionnel (agriculteurs) vont dans ce sens également. Mais l’existence d’un impact sur la population générale reste néanmoins à démontrer.»

«Il s’agit de la première analyse spatio-temporelle de la qualité du sperme, réalisée à l’échelle d’un pays», rappelle l’épidémiologiste. Comme en 2012, elle a travaillé avec ses collègues de l’association Fivnat, qui a géré la base de donnée des tentatives d’aide médicale à la procréation jusqu’en 2005. Afin de ne pas biaiser l’échantillon avec une surreprésentation d’hommes peu fertiles, seuls les hommes en couple avec une femme complètement stérile ont été retenus. Ils constituent un échantillon proche de l’ensemble de la population française. «Nous ne disposions pas de leur lieu de résidence, mais nous avons émis l’hypothèse qu’ils avaient consulté dans un centre de leur région, et les données hospitalières nous ont permis de consolider cette hypothèse», explique la scientifique .

La prochaine étape est maintenant de travailler avec d’autres pays européens pour mettre en place une surveillance durable de la santé reproductive humaine à une échelle plus vaste. Il sera ainsi peut-être possible de comparer les données françaises avec celles d’autres pays afin de savoir si la baisse est globale et mieux analyser ses causes possibles. L’InVS a ainsi lancé fin 2013 le réseau Hurgent à l’échelle européenne. Quant à l’étude de l’évolution du sperme depuis 2005, elle se fera désormais à partir de données recueilles par l’Agence française de biomédecine. Il faut espérer que les résultats obtenus montreront une amélioration ou une stabilisation, ce qui a été observé récemment par exemple au Danemark.

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