Économie, Écologie...

La Slovénie va-t-elle devoir bientôt recevoir la troïka ?

Lu sur La tribune

Le pays de l’ex-Yougoslavie évolue entre récession, crise bancaire et tensions politiques. Une aide pourrait être demandée dès novembre.

La Slovénie est plus que jamais au bord du gouffre. Sauvée in extremis début mai par une inespérée levée de fonds de 2,7 milliards d’euros sur le marché américain, le petit pays de l’ex-Yougoslavie se retrouve, six mois plus tard, à nouveau face à son problème bancaire. Et mardi, le président de la Banque de Slovénie (BS), Bostjan Jazbec, a prévenu qu’il ne pouvait exclure une demande d’aide au MES et au FMI si les taux slovène demeurait élevés dans l’avenir.

Taux encore élévés

Il est vrai que le taux générique à 10 ans slovène calculé par Bloomberg évolue depuis quatre mois à un niveau très élevé. Fin juin, il avait atteint 6,85%. Mercredi, il était à 6,79 %, le plus haut de la zone euro, Grèce exceptée. Signe de cette tension : malgré les doutes qui entoure le Portugal, ce dernier pays a vu son taux générique à 10 ans passer sous celui de la Slovénie. Ljubljana paie désormais une décote de 40 points de base sur Lisbonne…. Il faut reconnaître que l’on voit mal ce qui pourrait rassurer les marchés sur la situation slovène.

cercle vicieux

Le cœur du problème de ce petit pays de 2 millions d’habitants membre de la zone euro depuis 2007, c’est son système bancaire. Ce dernier, encore largement aux mains de l’Etat, a généreusement accordé des prêts aux entreprises slovènes durant les années de croissance. Mais, depuis 2009, où le PIB avait reculé de 7,9 %, l’économie slovène tourne au ralenti, le moteur des exportations tousse et les entreprises font défaut. La Slovénie a alors été entraînée dans un cercle vicieux. Les créances douteuses ont commencé à s’accumuler dans les bilans des banques, faisant peser des doutes sur la solvabilité du gouvernement.

Croissance en chute libre

Dès lors, la confiance a commencé à s’effriter, les taux sont montés en flèche et les investissements étrangers ont ralenti. Avec la crise de la zone euro, cette perte de confiance s’est encore aggravée. Ljubljana a réagi, comme partout ailleurs en Europe, par des mesures d’austérité destinées à « rassurer les marchés », mais qui ont plongé le pays dans une profonde récession. D’autant que, paralysé, le secteur bancaire refusait désormais de prêter aux entreprises slovènes. Le PIB a reculé en 2012 de 2,3 %. Mardi, Bostjan Jazbec a révisé à la baisse sa prévision pour cette année de façon drastique : de -1,9 % à -2,6 %. Dans ces conditions, le poids des créances douteuses dans les bilans bancaires ne peut qu’être plus élevé encore. Elles s’élèveraient à 8 milliards d’euros, soit près de 22,5 % du PIB.

Des banques dans une situation préoccupante

En réalité, personne ne sait réellement quel est l’état du secteur bancaire slovène. Pas même la premier ministre du pays, Alenka Bratusek qui a reconnu devant le parlement récemment que le montant qu’il faudra pour sauver les banques slovènes lui « totalement inconnu. » Pour y voir plus clair et, enfin, monté la fameuse structure de défaisance (« bad bank ») nécessaire à l’apurement des difficultés du système bancaire slovène, Ljubljana mène actuellement des « stress tests. » Leur résultat devrait être publié en novembre. La Royal Bank of Scotland, qui a réalisé des projections au niveau européen n’est guère optimiste : selon elle, deux banques slovènes, Abanka et NKBM, figure parmi les cinq banques européennes les plus fragiles.

Appel au marché ou appel à l’aide

Une chose est certaine : les 2,7 milliards d’euros levés en mai ne seront pas suffisants. On estime, sur les marchés, que le pays devra encore trouver 4 milliards d’euros avant la fin de l’année, sur la base d’un besoin de refinancement des banques de 2,5 milliards d’euros. Mais ce niveau est le plus faible. Il faudra donc ou aller sur le marché, en acceptant des taux supérieurs à 6 %, ou réclamer l’aide du MES et du FMI et se soumettre à ses conditions. Cette dernière option semble très probable désormais, même si le seuil « psychologique » du taux à 10 ans est généralement fixé à 7 %. Entre un MES qui prête à 2 % et les 6,8 % du marché, le choix pourrait être rapidement fait pour un pays dont le déficit public dépasse déjà les 5 % du PIB…

Un scénario à la chypriote ?

Reste évidemment que les conditions posées par les futurs bailleurs de fonds pourraient être strictes, malgré le caractère limité du montant demandé. Outre un sévère « programme d’ajustement », la Slovénie peut s’attendre à une participation des déposants qui, à Chypre avait été exigée. Or, si les banques slovènes sont en bien meilleur état que les banques chypriotes, elles ont, comme leurs homologues de l’île d’Aphrodite, un passif très largement dépendant des dépôts. Les européens pourraient donc, pour faire un exemple et pour limiter la facture, réclamer une solution à la chypriote qui ferait sans doute grincer des dents à Ljubljana.

Risques politiques

Reste enfin une autre bombe à retardement : la situation politique. Alenka Bratusek dirige une coalition assez fragile de quatre partis dont les conceptions, sur l’austérité, comme sur la « bad bank » demeurent assez distinctes. Surtout, la premier ministre doit faire face à une fronde au sein de son propre parti, Slovénie Positive (SP). La semaine dernière, le maire de Ljubljana, Zoran Jankovic, a annoncé sa volonté de se présenter contre Alenka Bratusek pour la direction de SP le 19 octobre prochain. Toujours très populaire, Zoran Jankovic avait dû démissionner de la direction de SP en janvier après l’ouverture d’une enquête pour détournement de fonds.

Or, s’il reprend la tête du parti et prétend de facto à la direction du gouvernement, les partenaires de coalition d’Alenka Bratusek pourraient refuser de renouveler l’alliance. S’en suivrait nécessairement de nouvelles élections. L’austérité et l’aide européenne seraient au cœur de la campagne et aucune action ne serait alors prise pendant des semaines car il faudrait alors trouver une nouvelle formule gouvernementale. L’accès au marché du pays risquerait d’être alors définitivement fermé. Et le nouveau gouvernement ne pourrait alors avoir d’autres choix que de demander en urgence une aide au MES et au FMI…