Économie, Écologie...

le débat Le Pen-Lamy sur l’euro Challenges.fr

Pascal Lamy avoue à demi-mot que l’euro a été construit pour forcer les peuples à plus d’intégration et de perte de souveraineté dans l’objectif de construire les États-Unis d’Europe.

—-

La présidente du FN et l’ex-commissaire européen et ancien patron de l’OMC ont accepté de débattre sur l’un des thèmes majeurs de ces élections européennes.

7344876-a-lire-avant-de-voter-le-debat-le-pen-lamy-sur-l-euro

Marine Le Pen, vous avez fait de l’euro un axe de votre campagne pour les élections européennes. Pascal Lamy, vous avez été l’un des bâtisseurs de cette monnaie. Quinze ans après sa création, quel est le bilan ?

Marine Le Pen. L’euro était voué à l’échec dès le départ. D’ailleurs, Maurice Allais, le seul Français à avoir obtenu un Prix Nobel d’économie, l’avait bien vu : la zone monétaire sur laquelle il s’appliquait n’était pas optimale. La monnaie unique a entraîné une forte hausse des prix, contestée par les chiffres officiels. Mais chaque Français peut s’apercevoir que les prix ont beaucoup plus augmenté que leur salaire. Son taux de change par rapport au dollar a pris 54%, et se trouve à un niveau insoutenable pour notre économie. On a sauvé l’euro de manière régulière, avec l’argent des contribuables. En France, cela a alourdi la dette de 70 milliards d’euros.

Pascal Lamy. L’euro a été créé pour éviter la guerre des monnaies en Europe et pour assurer la stabilité des prix. Dans les quinze années qui ont précédé sa création, l’inflation moyenne était de 2,9%. Elle est passée, depuis, à 1,6%. Donc l’euro a contribué à la stabilité des prix. Il a aussi contribué à une forte baisse des taux d’intérêt, passés de l’ordre de 5,5, à 2,5% en moyenne. Nous avons construit une monnaie forte, stable par rapport au dollar. Et le taux de change effectif réel par rapport au dollar – c’est-à-dire corrigé de l’inflation et pondéré par nos échanges – est stable sur la période.

Mais il est exact que l’euro a été construit avec une grosse jambe monétaire – monnaie, banque centrale et politique monétaire unique – et une jambe économique qui s’est révélée trop faible avec la crise. L’euro est en cours de réparation, avec l’adoption de disciplines budgétaires et l’union bancaire.

Marine Le Pen. C’est un bel aveu. On savait l’euro imparfait, mais il a, en fait, été créé comme un outil pour forcer à l’union économique et politique. A chaque fois qu’on essaie de vendre une intégration supplémentaire, on se base sur le sauvetage de l’euro. L’euro ne marche pas, il faut donc plus d’intégration fiscale, plus d’intégration politique, plus de transfert de souveraineté. Elle est là, la malhonnêteté initiale. L’euro est en fait un outil de l’ultralibéralisme. Monsieur Gattaz, président du Medef et de Radiall, nous dit qu’il fabrique ses composants au Mexique, en zone dollar, parce que c’est plus facile pour vendre à Boeing. N’est-ce pas la preuve de la surévaluation de l’euro ?

Pascal Lamy. Nous sommes dans un monde où ce que nous consommons tous les jours est de plus en plus fabriqué partout. Et je connais bien des entreprises françaises qui, pour pouvoir continuer à fabriquer en France, produisent ou importent des pièces détachées de l’étranger. C’est le principe de l’ouverture des échanges qui apporte davantage de croissance à tout le monde. L’euro a installé l’Europe dans la géoéconomie mondiale, avec une devise commune qui a besoin d’être aussi forte que les éléphants du monde de demain.

Marine Le Pen. Airbus, Peugeot… Ils vont tous produire hors zone euro, qui est devenue le trou noir de la croissance mondiale. Vous dites qu’une économie ouverte crée de la croissance. Mais le libre-échange intégral a eu l’effet inverse. Alors les échanges, oui, l’extrémisme libéral, non.

Les problèmes de compétitivité de la France sont-ils dus à l’euro ?

lire la suite sur Challenge

Prêchi Prêcha radio Prêchi Prêcha radio
LIVE OFFLINE