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Le vrai-faux SMIC allemand de Merkel (maj vidéo nicolas Doze)


 

Les Échos

Ainsi donc, l’Allemagne aura bientôt son salaire minimum. Angela Merkel l’a confirmé hier : elle accepte sa création à reculons pour faire enfin aboutir les négociations entre son parti, la CDU, et son ancien adversaire, le SPD. La création de ce salaire minimum est la concession décisive lâchée par la CDU au SPD pour parvenir à enfin cimenter l’accord de coalition âprement discuté entre les deux camps depuis près de deux mois. Pour beaucoup de Français et d’Européens, cette décision va dans le bon sens. Les deux tiers des pays de l’Union ont déjà un tel dispositif. En les rejoignant, l’Allemagne mettrait fin à une course des salaires vers le bas, et rétablira les bases d’une concurrence moins déloyale. En accroissant le pouvoir d’achat des salariés les plus démunis, elle soutiendrait la consommation et donc la demande intérieure, condition impérieuse d’un rééquilibrage des échanges au sein de l’Union.

Mais il faut immédiatement relativiser cette annonce. Comme toujours, le diable se niche dans les détails. Oui, la création d’un salaire minimum est une révolution en Allemagne. Pour la première fois depuis le renouveau du pays après la Seconde Guerre mondiale, l’Etat va intervenir dans le sanctuaire salarial des négociations entre partenaires sociaux. C’est la lointaine conséquence de la réunification du pays : les salaires restent très bas dans les Länder de l’Est et les syndicats n’y seront sans doute jamais en mesure de constituer le pouvoir de négociation qui permet un jeu équilibré à l’Ouest. Non, le salaire minimum allemand ne sera pas une révolution pour l’Europe. Outre-Rhin, les négociations portent désormais sur le champ de ce salaire « généralisé ». Les chefs d’entreprise allemands font un lobbying intense pour préserver leurs positions concurrentielles. Certains économistes font miroiter le risque d’un million d’emplois balayés par la mesure. Il y a aura partout un salaire minimum, mais cela ne veut pas dire qu’il sera le même à l’Est et à l’Ouest, dans l’agriculture comme dans les services, pour les jeunes comme pour les moins jeunes. Autrement dit, la France n’exportera pas outre-Rhin sa conception d’un salaire interprofessionnel (le « i » de SMIC) unique. Et c’est tant mieux, car son SMIC, fortement augmenté au cours des décennies, a été destructeur d’emplois, notamment pour les jeunes. Selon toute vraisemblance, le niveau de 8,50 euros de l’heure réclamé par les sociaux-démocrates deviendra dans beaucoup de cas de figure un objectif de moyen terme plus qu’une réalité immédiate. L’impact du salaire minimum sur la compétitivité et la demande intérieure de l’Allemagne se fera sentir seulement petit à petit. Si jamais il se fait sentir.