Économie, Écologie...,  Politique

Les agriculteurs excédés par les vols à répétition

Près de 8000 vols ont été recensés dans les campagnes depuis le début de l’année. Ce nouveau fléau est le fait de gangs organisés qui écoulent leur butin à l’étranger. La colère monte chez les exploitants agricoles.

«Champ interdit au public»: l’inscription, placardée sur le bord de ce champ de Revigny-sur-Ornain, commune de 3000 âmes plantée au fin fond de la Meuse, sera restée lettre morte.

Telle une nuée de criquets, une bande de pillards a fondu sur la récolte début octobre pour faire main basse sur pas moins d’une tonne de pommes de terre. Les auteurs de cette razzia pastorale ont sévi à la nuit tombée, s’immisçant entre deux parcelles de maïs avant de se volatiliser dans la nature avec leur encombrant butin. La semaine dernière, un viticulteur du Bordelais, dans l’appellation graves, a eu la désagréable surprise de trouver une parcelle de 30 ares de ses vignes vendangées à son insu. Bilan: l’équivalent de 600 bouteilles évaporé.

À Valréas, dans le Vaucluse, ce sont 6 tonnes de céréales qui ont été dérobées dans des conteneurs tandis qu’une grappe de cueilleurs indélicats a arraché dans un champ, à Piolenc, 2 tonnes d’ail, véritable «or blanc» des campagnes, qui se négocie à 8 euros le kilo sur les marchés. Ni vu ni connu, sans aucune traçabilité de provenance. «Les empreintes de pas, plutôt de petites tailles, ont témoigné de la présence d’environ vingt pillards», note un gendarme qui estime la marchandise à une valeur de 10.000 euros. Et la facture s’envole avec les vols en série de tracteur. Bien que valant bien souvent le prix d’une Ferrari, ces engins ultrasophistiqués ont été volés avec une simplicité déroutante, comme de vulgaires scooters.

La grande fauche

Vols en série de matériels agricoles dans les Vosges, hectolitres de gazole siphonnés avec méthode dans les réservoirs de tracteurs ou de moissonneuses batteuses en pleine Champagne, veaux et moutons kidnappés ou dépecés ici et là, les fermiers tirent désormais la sonnette d’alarme. «Ces vols et dégradations représentent un coût important pour les agriculteurs, qui ont déjà du mal à faire face, s’indigne-t-on à la FNSEA. Ce sont souvent des années de travail détruites au profit d’une économie parallèle qui, en plus de nuire aux agriculteurs, dupe les consommateurs et les pouvoirs publics.»

Souvent désemparés déjà par une disette économique, les exploitants agricoles multiplient les dépôts de plainte. La grande fauche qui touche de plein fouet le monde paysan a pris une ampleur telle que le bureau des affaires criminelles de la gendarmerie s’est emparé du fléau. Un dernier bilan porté à la connaissance du Figaro révèle que 7800 vols en tout genre ont été commis dans les exploitations agricoles entre janvier et septembre dernier, soit un bond de 7,5 % par rapport à la même période de l’année précédente. «Les vols dans les exploitations agricoles ont connu une indéniable recrudescence depuis deux ou trois ans, confirme le général Simon-Pierre Baradel, sous-directeur de la police judiciaire à la Direction de la gendarmerie. Désormais, absolument tout peut y être volé, même les métaux des systèmes d’irrigation, qui sont recyclés…»

À côté d’une délinquance locale versée dans la rapine de bois ou du petit outillage s’est développée une criminalité d’une tout autre envergure. «Des gangs itinérants sillonnent l’ensemble du territoire, experts dans le repérage et disposant de tentaculaires relais logistiques, observe le général Baradel. Il s’agit du même type d’équipes qui étaient spécialisées auparavant dans les vols de camions frigorifiques ou d’engins de chantiers. Très opportunistes, elles répondent au gré du marché à des commandes émanant de pays de l’Est et, peut-être, d’Afrique.»

Le chapardage d’antan a cédé le pas à une industrie criminelle frappant en profondeur. La Bourgogne, le Midi-Pyrénées, le Limousin ou encore la Lorraine figurent parmi les régions les plus touchées. Les saccages commis sur des terres déjà peu rentables exacerbent la colère paysanne. Sachant pertinemment qu’il serait illusoire de creuser des sauts-de-loup ou de tendre des herses autour de domaines de plusieurs hectares, ils organisent des rondes, parfois le fusil de chasse à l’épaule. L’image bucolique de l’agriculteur risque de s’estomper au profit d’une fâcheuse montée en puissance de l’autodéfense.