Économie, Écologie...

L’inquiétante évolution de la puberté

Les enfants et adolescents montrent des signes de puberté de plus en plus jeunes. Dans les années 1990, ces signes apparaissaient vers l’âge de 8 ans chez les jeunes filles, la puberté mettant deux ans à se mettre en place. Nos modes de consommation et notre environnement ne sont pas étrangers à l’émergence de ce phénomène.

703628MinimissAujourd’hui, à quel âge apparaissent les premiers signes de puberté ?

Alain Scheimann : Il a été constaté en Europe et aux États-Unis que depuis les années 2000 la puberté survenait plus précocement qu’avant, notamment chez les filles. Aujourd’hui, il n’est plus exceptionnel qu’une fille ait ses premières règles vers l’âge de 8-9 ans alors qu’avant elles survenaient plutôt entre 10-12 ans.

Comment expliquer la précocité de la puberté ?

Les raisons de l’avancement de l’âge de la puberté ne sont pas claires en Europe ou aux USA. On évoque une croissance plus harmonieuse en raison de moins de maladies dans la petite enfance, une alimentation plus diversifiée. Des relations entre parents-enfants modifiées (moins de traditions, d’interdits) et des changements environnementaux (érotisation de la société, habillage des enfants comme les adultes) seraient également des facteurs déclenchant une puberté à un âge plus jeune en Occident. Enfin, l’environnement avec la pollution (microparticules aériennes), l’alimentation industrielle (pesticides, engrais,…) et l’emploi de nouveaux matériaux contenant de possibles perturbateurs endocriniens pourraient stimuler le système endocrinien qui déclencherait alors plus précocement la puberté.

Il existe deux types de puberté précoce que l’on peut observer. Tout d’abord les vrais pubertés précoces, que l’on qualifient en médecine de précocissime. Ce sont des petites filles le plus souvent qui font une puberté entre 2 et 5 ans. La fréquence de ces cas est infime. L’autre catégorie correspond à des petites filles qui commencent la puberté un peu plus précocement que les autres, c’est-à-dire entre 7 et 9 ans. Aujourd’hui, on constate en effet que les cas sont de plus en plus fréquents.

Cette augmentation est liée à plusieurs raisons. La première vient très certainement du fait que les conditions nutritionnelles et environnementales ont changé et que les petites filles, qui sont les principales touchées, deviennent plus corpulentes plus tôt. Or, il y a une relation entre le déclenchement de la puberté et la corpulence de l’enfant. C’est une constatation que l’on fait dans plusieurs pays industrialisés car l’amélioration des conditions nutritionnels et les conditions de bonne santé font qu’on observe un démarrage plus prématuré qu’auparavant.

La deuxième circonstance que l’on peut invoquer découle de l’environnement de l’enfant. En effet, la précocité est également liée à l’influence de certains dérivés de produits chimiques, pesticides, etc. qui se répandent dans l’environnement, entrent dans l’organisme et se comportent comme ce que l’on appelle des interrupteurs hormonaux.

Ces derniers ont de multiples conséquences: ils expliquent la baisse de la fertilité masculine que l’on constate depuis quelques années mais ils seraient également mis en cause dans le déclenchement de certains cancers et dans l’augmentation de la fréquence des malformations des organes génitaux chez les petits garçons.

Quelles sont les conséquences sur le développement futur de l’enfant ?

On peut répertorier trois conséquences d’une puberté précoce. Tout d’abord, et c’est quelque chose que l’on ne dit pas aux parents car cela est trop anxiogène, il faut savoir que plus une enfant commence tôt à être formée, plus elle est soumise précocement aux hormones féminines, plus elle a statistiquement de risque de développer un cancer du sein ou des organes génitaux. Mais cela reste un risque statistique contre lequel on ne peut pas grand chose.

Deuxièmement, il peut y avoir des risques sur la croissance et sur la taille adulte. Plus la puberté commence précocement, plus tôt l’enfant risque de s’arrêter de grandir. A termes, cela peut faire perdre quelques centimètres à ce qui était génétiquement prévu. Mais ce n’est pas du tout le cas de toutes les situations. Il faut donc évaluer au cas par cas la possibilité de réalisation d’un tel risque. Cela sera surtout le cas pour une jeune fille qui commencerait la puberté plus tôt en étant déjà de petite taille.

Enfin, il peut en découler quelques petits problèmes psychologiques, mais ils sont loin d’être constants. Il existe un petit contingent de petites filles qui sont très contentes d’avoir des signes de puberté plus tôt que les autres, d’autres qui sont plus malheureuses et qui se sentent exclues par rapport à leurs camarades et un grand nombre qui y sont indifférentes. Le regard des parents et de l’entourage compte aussi énormément. S’ils sont entourant et dans une démarche de communication, tout se passera bien pour l’enfant.

Comment traiter médicalement ces enfants ?

L’important, c’est d’apporter une bonne évaluation. Cela passe tout d’abord par une observation de la courbe de croissance pour comprendre où en est l’enfant. Il faut également évaluer le potentiel résiduel à l’aide d’une radiographie que l’on appelle « âge osseux ». La croissance d’un enfant ne s’arrête pas à un certain âge mais au même âge osseux : 15 ans. Si l’âge osseux est avancé par rapport à son âge, l’enfant va s’arrêter de grandir avant les autres. Le médecin doit également procéder à une échographie des ovaires et de l’utérus pour apprécier le véritable stade de puberté.

Il y a également une notion d’évolutivité qui est apportée par le temps. Les bouffées pubertaires spontanément régressives ne se traitent pas, on se concentre seulement sur les enfants qui voient leur puberté évoluer très jeunes.

Ces signes apparaissent-ils toujours d’abord chez les filles, et ensuite chez les garçons ?

C’est surtout chez les filles que l’on a constaté que l’âge de survenue de la puberté était aujourd’hui plus précoce. Rien n’a changé, comme dans le passé, les premiers signes de la puberté apparaissent d’abord chez les filles entre 8 et 14 ans alors qu’ils apparaissent entre 11-16 ans chez les garçons.

Quels sont justement ces signes de puberté ? Évoluent-ils à mesure que l’âge de la puberté rajeunit ?

Pour les filles, le bourgeon mammaire puis la pilosité sont les premiers signes physiques annonçant la puberté. Chez les garçons, c’est une augmentation de taille des testicules et l’apparition d’une pilosité.

Ces modifications physiques marquant l’apparition de la puberté ne changent pas avec l’âge plus précoce de la puberté: ils apparaissent simplement à un âge plus jeune qu’autrefois.

Tous les signes apparaissent-ils en même temps ou la puberté précoce signifie-t-elle que la puberté dure plus longtemps ?

Puberté plus précoce signifie que les premiers signes physiques de la puberté surviennent aujourd’hui plus tôt qu’avant, principalement chez les filles. Ces signes apparaissent progressivement et la puberté ne dure pas plus longtemps: les différentes étapes pubertaires sont conservées et la durée totale de la puberté est toujours la même. Il n’y a pas d’accélération de la puberté ! Simplement, elle survient plus tôt chez les filles.

La puberté précoce influe-t-elle sur la maternité précoce ? Quid de la ménopause ?

Il n’y a pas de lien établi entre une puberté survenant plus précocement qu’autrefois et une maternité précoce. D’ailleurs, en Occident alors que l’âge de la puberté est avancé on constate que l’âge du premier enfant est plus tardif qu’avant.

Quant à l’âge de la ménopause, elle reste aujourd’hui identique à celle constatée dans les années 90 (entre 46 et 55 ans), sans rapport établi avec un âge plus précoce de survenue de la puberté chez les filles. Donc, aujourd’hui les filles sont pubères plus tôt qu’avant, ont des enfants plus tard qu’avant et sont ménopausées le plus souvent au même âge que leur mère.

Épidémie de puberté précoce

D’après un article du New York Times Magazine, le célèbre chœur masculin de l’église Saint-Thomas de Leipzig aurait de plus en plus de mal à trouver de jeunes sopranos, et pour cause, ils muent trop vite. Ceci serait l’une des conséquences de la précocité de la puberté. Mais quelles sont donc les causes de cette puberté précoce chez les jeunes garçons ? Sont-ils autant touchés que les jeunes filles ?

Michel Colle: Cet article m’a beaucoup étonné, on y parle exclusivement des garçons hors les données que l’on possède concernant le démarrage de la puberté concerne essentiellement les filles. Le mécanisme du contrôle de la puberté est différent chez les filles et les garçons. La puberté précoce est de fait beaucoup plus rare chez les garçons.

La puberté précoce se définit par des signes de puberté qui commencent avant l’âge de 10 ans pour les garçon, et huit pour les filles. Si, comme dans l’article, un jeune garçon commence sa puberté à 12 ans, ce peut être gênant pour une chorale, certes, mais il n’y a rien de pathologique, c’est tout à fait normal !

Deuxièmement, la mue de la voix est un signe tardif de puberté, si la puberté commence à 12 ans, la voie mue vers 14 ans. Cela paraît improbable que cette chorale ait recruté un nombre important de pubères précoces. Je déplore ce qui arrive à ces directeurs de chorale, mais j’ai du mal à le croire. D’ailleurs, les garçons sont plus souvent concernés par une puberté qui ne s’est pas encore engagée.

La puberté précoce est plus difficile à percevoir chez les jeunes garçons. La première manifestation est l’augmentation du volume des testicules chez les garçons, alors que chez les filles la puberté est plus visible avec l’augmentation de la poitrine. Mais si vous avez un petit garçon de 10 ans qui commence à avoir les testicules qui augmentent de volume, il va rapidement avoir les poils qui poussent, la croissance qui s’accélèrent mais la mue aura lieu une bonne année plus tard.

Concernant les causes de la puberté précoce, elles sont plurielles mais différentes en fonction du sexe. Chez les filles en général, la puberté précoce est un phénomène idiopathique, on ne trouve pas en général de cause pathologique. Alors que chez les garçons, on trouve une cause pathologique qui se trouve au niveau de l’hypothalamus ou des régions para- hypothalamiques, des centres qui commandent la puberté.

En faisant un IRM on peut trouver une petite tumeur, qui n’est pas toujours méchante, mais mal placée, sur des voies neuroendocriniennes qui modifient les circuits de commande du démarrage de la puberté. Sur 10 enfants qui font une puberté précoce, 7 vont être des filles. Sur les 7 filles, on ne trouvera que très rarement une tumeur, alors que chez les trois garçons vous risquez de trouver, pour les 2/3 des cas, une cause pathologique.

L’âge de début de la puberté diminue, chez les filles notamment, c’est objectif, pour des raisons principalement nutritionnelles, elles atteignent une masse critique de leur corps aptes à faire démarrer la puberté plus tôt qu’avant. Quand le corps atteint une certaine masse, c’est l’un des indicateurs pour les zones du cerveau qui commande la puberté qui autorise le déclenchement de la puberté.

Par ailleurs des perturbateurs endocriniens, dérivés de produits, de pesticides, qui se comportent comme des sortes d’hormones, ont des conséquences sur l’individu et la puberté précoce. Chez les garçons, ces perturbateurs endocriniens sont plutôt accusés d’entrainer une augmentation du nombre des anomalies, des malformations génitales, comme la cryptorchidie. Mais nous n’avons pas pour l’instant prouvé que les interrupteurs hormonaux, les polluants environnementaux étaient une cause de l’âge de la puberté chez le garçon.

Quels sont les effets notables de la puberté précoce sur ces jeunes ? Et dans l’avenir ?

Les éventuelles conséquences sont essentiellement des retentissements psychologiques et physique, notamment sur la croissance et la taille finale. Pourquoi ? Quand les hormones féminines sont fabriquées tôt, elles interagissent plus tôt sur les cartilages de croissance, qui sont les parties des os qui font grandir l’enfant, ils se calcifient plus rapidement qu’il ne faudrait, et quand ils sont tous calcifiés, la croissance s’arrête.

Comme toutes les petites filles du monde s’arrêtent de grandir à 15 ans d’âge osseux, si une petite fille de 10 ans arrive à 15 ans d’âge osseux, elle s’arrêtera de grandir à 10 ans. Il n’y a pas d’études qui montrent que les petites filles qui ont vécues une puberté précoce auraient plus de problèmes de santé, mais on ne peut pas nier que ces jeunes filles aient un risque supérieur d’avoir un cancer du sein.

Il y a une relation entre la fréquence de survenue du cancer et la durée de l’exposition aux hormones féminines. Donc ces petites filles peuvent avoir un risque supérieur de développer ce cancer ou plutôt elles le développeront plus tôt.

Doit-on freiner la puberté précoce ? De quelle manière ?

Il faut apprécier le caractère évolutif de la puberté, l’évolution des premiers signes de la puberté peut évoluer lentement, dans ce cas, nous n’imposons pas de traitement pour freiner leur puberté. Mais d’autres ont une puberté qui évolue très rapidement, il y a un risque de bloquer leur croissance de façon prématurée. On leur donne un traitement médicamenteux, qui bloque les récepteurs aux hormones de l’hypothalamus et du cerveau, compte tenu de l’âge, de la taille de l’enfant. On arrête le traitement aux environs de 11 ans.

Selon une étude publiée aux États-Unis, l’obésité serait la principale cause d’une puberté précoce chez les filles. Le Dr Franck Biro, de la division de médecine de l’adolescence à l’hôpital des enfants de Cincinnati (Ohio) et principal auteur de cette recherche, “cette recherche suggère que les pédiatres devraient peut-être redéfinir les âges de puberté précoce et tardive chez les filles“.

La précocité de la puberté n’est pas sans conséquence. Celle-ci peut en effet entraîner un manque de confiance en soi, la dépression, l’échec scolaire et peut favoriser les comportements asociaux. Elle accroît également les risques d’obésité, d’hypertension et de plusieurs cancers (sein, ovaire).

L’étude a été menée dans des cliniques de San Francisco, Cincinnati et New York sur 1 239 filles, entre 2004 et 2011. Le développement de leur poitrine et l’impact de la puberté sur l’indice de masse corporelle ont été mesurés. Des facteurs classés ensuite selon la race et l’origine ethnique des sujets observés. Les participantes étaient âgées de 6 à 8 ans au début de l’étude.

Il a ainsi été permis d’établir que le développement des seins commence à 9,7 ans (âge médian) chez les Blanches et les Asiatiques, tandis que les Noires ont un développement de la poitrine plus précoce, à 8,8 ans. Il démarre à 9,3 chez les Hispaniques. Les chercheurs ont toutefois établi qu’un indice de masse corporel plus élevé était un indicateur de puberté précoce plus fort que l’ethnie.

L’ère de la femme enfant

A 10 ans, elles portent déjà des sacs à main, s’habillent, se maquillent, s’épilent comme des femmes. Elles arrivent en classe en minishorts et leggings moulants, cheveux lissés. A la récré, elles ne lâchent pas leur sac à main griffé, pianotent sur leur iPod, les yeux dissimulés sous leur grosse paire de Ray-Ban.

Ne leur parlez pas de cartables ou de robes à smocks, elles ne savent pas ce que c’est. Elles ne connaissent que les minirobes à dentelle et froufrous de chez Jennyfer ou H&M. ”C’est une véritable épidémie ! se désole une jeune prof de français de la région parisienne. Parfois, on se demande si elles n’ont pas redoublé trois fois tellement elles font âgées.

Léa, 11 ans et demi, est l’une de ces créatures mi-femme, mi-enfant qui pullulent dans les cours d’école. Face au miroir, elle scrute ses jambes un peu trop maigres, sa poitrine un peu trop plate et ses hanches de gamine. “A cet âge, ils ont de ces complexes !” s’attendrit sa mère, mi-excédée, mi-ravie devant les minauderies de sa chérie.

Il y a d’abord eu les ”poils”, le fin duvet qui recouvrait ses jambes, et qu’elle a insisté pour épiler. Ensuite les cheveux : “Elle voulait des mèches blondes.” Et puis le maquillage. “Toutes ses copines le faisaient. Alors…” Alors ? Sa mère a cédé.“Tant que ça ne fait pas vulgaire”, se justifie-t-elle. Léa pose, bouche en cul de poule, devant la cabine d’essayage. Toute trace de sa fraîcheur enfantine a disparu, mangée par les couches de fond de teint et les traits de crayon noir autour des yeux.

Où sont passées les petites filles? Dès 6 ans, elles réclament un deux-pièces pour la plage, minaudent sur les photos de classe et se trémoussent comme la chanteuse colombienne Shakira. A 10 ans, elles rêvent de se faire tatouer et voient leurs premières images coquines en cachette avec les copines.

Ados avant d’être pubères

A 12 ans, elles se font faire des “épilations intégrales” et affichent sur leur profil Facebook des photos d’elles à moitié nues. Les psychiatres et sociologues sont unanimes: les enfants sont ados de plus en plus tôt, plongés de plus en plus vite dans un univers ultrasexualisé.

Aujourd’hui, il n’est pas rare de voir des fillettes de 10 ans déjà formées, constate le professeur François Gouraud, chef du service pédiatrie au CHU de Meaux. Cela crée une maturation sexuelle plus précoce chez les fillettes.” Mais les changements physiques ne sont pas les seuls en cause.

Pour le sociologue Michel Fize, “l’adolescence est culturelle et psychique avant d’être biologique, et commence bien avant l’entrée au collège”. En clair : en 2011, on est ado avant même d’être pubère. La période chère aux disciples de Freud, dite de “latence”, parenthèse enchantée où l’enfant, studieux et obéissant, se préparait gentiment à grandir, se rétrécit comme peau de chagrin.

Hyperstimulé dès le berceau par ses parents, l’enfant d’aujourd’hui évolue saturé d’écrans, connecté au monde 24 heures sur 24. Le soir, il regarde en streaming les séries pour ados américaines et zappe sur les programmes de télé-réalité. Ses idoles ? Les mêmes que ses aînés, de vraies femmes hyperprovocatrices, soumises ou dominatrices, Rihanna, Lady Gaga, Shy’m ou Miley Cyrus, l’ex-lolita de la série ado culte “Hannah Montana” devenue it-girl branchée. Ce sont les Chantal Goya version 2011. Le lapin est plutôt du genre “Play-Boy”. “Des années de luttes féministes pour en arriver là”, soupire la sociologue Catherine Monnot.

Tout est prévu pour piéger les fillettes dans cette voie : les soutiens-gorge rembourrés taille 7 ans, les gammes de maquillage, les ministrings… Aux États-Unis et en Angleterre, des parents ont même découvert dans les rayons enfants une ligne de cosmétiques anti-âge et un kit de barres de pole dance (si, si !)…

A Noël dernier, le magazine Vogue a mis en scène, pour sa campagne de pub, des petites filles ultramaquillées posant lascivement en talons aiguilles et robes lamées sur des sacs de luxe. Indignés, 200 pédiatres ont signé une pétition dénonçant “l’érotisation et l’hypersexualisation des enfants dans la publicité”.

Dès lors qu’on valorise le sexy à outrance, il n’est pas étonnant que les petites filles veuillent se conformer au modèle dominant”, explique Catherine Monnot. Piquer le rouge à lèvres ou les chaussures à talons de sa maman est vieux comme le monde.

Ce qui l’est moins, c’est lorsque certains parents eux-mêmes, poussés par leur narcissisme, deviennent complices du travestissement. “En croyant mettre en valeur leurs fillettes, ils les exhibent pour se valoriser eux-mêmes”, décrypte le psychiatre Didier Lauru. L’enfant-roi devient une projection d’eux-mêmes. Une petite poupée qu’ils peuvent modeler à leur guise.

Le délire peut aller très loin, exemple avec cette Anglaise prête à tout pour faire de sa fille la nouvelle lolita des magazines. A 8 ans, sa “petite Britney” a déjà subi de multiples injections de Botox et en redemande. “Avant, ça faisait mal, mais maintenant je ne pleure plus tellement…”, explique la fillette au “Sun“.

Un cas extrême illustrant la folie qui parfois s’empare des mères. “Ce qui est triste derrière tout ça, soupire le pédopsychiatre Serge Hefez, c’est de voir certaines gamines jouer sur des codes qu’elles ne comprennent pas pour faire plaisir à leur maman. Pourront-elles un jour se positionner autrement qu’en objet sexuel ?

Une génération d’enfants perdus

Margot a 11 ans. C’est une jeune fille timide, sans histoires. Les garçons ? Elle dit qu’elle “n’a pas encore l’âge”. Mais que, dans sa classe, en 6e, “tout le monde parle que de ça”. Ça ? Le sexe. “La baise. Le cul”, comme ils disent. Tout le monde, dans la cour de récré, sait qui “l’a fait” ou va le faire. Les pros sont vite fichées “putes” : ce sont celles qui s’enferment dans les toilettes avec des garçons.

Les “filles à réputation”, Margot les méprise. Mais, dans son collège, mieux vaut encore être une pute qu’une “bolosse” ou un “cas social”, ces filles un peu ternes à qui personne ne parle. “N’avoir jamais eu de petit ami, ça, c’est vraiment la honte”, soupire-t-elle. Sur les forums adolescents, on se plaint déjà de sa misère sexuelle : “J’ai 12 ans, je suis en 5e et je n’ai jamais eu de copain de toute ma vie ! C’est grave ?” Sous le pseudo “Petite-Miss”, une plus grande, 14 ans, interroge : “Pensez-vous que la fellation est obligatoire la première fois avec un garçon ?” En CM2, un élève sur deux a déjà vu des images pornographiques.

Pour le psychiatre et psychanalyste Patrice Huerre, “c’est une génération entière d’enfants perdus, court-circuités en plein vol vers leur adolescence”. Ce qui se dévoilait par petites touches avant, au hasard d’un magazine, d’un coin de tableau ou d’une cabine d’essayage, survient d’un coup, au hasard d’un simple clic sur internet.

Encombrés par ces images sexuelles dont ils ne savent que faire, les enfants tenteraient alors de les évacuer en s’y frottant aussi vite que possible. En faisant un petit tour sur les blogs de Skyrock, on découvre des lolitas de 11 ou 12 ans qui posent, en soutien-gorge, culotte, comme des pros du X. “Je cherche un mec”, écrivent-elles.

D’autres s’inventent une vie sexuelle imaginaire pour être “populaire”. Laura, 11 ans, sage queue de cheval et sac à dos, a prétendu en rentrant en 6e qu’elle avait couché avec plein de garçons, allant jusqu’à décrire que “le sperme ressemblait à du lait”.

Étrange norme sociale que celle qui sévit dans les cours de récré : s’afficher si tôt comme une femme d’expérience alors qu’on ne rêve, au fond, que du prince charmant ! Car il ne faut pas s’y tromper : “Bien heureusement, ce n’est pas parce qu’elles en parlent comme des pros que ces petites lolitas passent à l’acte”, insiste Patrice Huerre.

L’âge moyen des premiers rapports reste le même depuis plusieurs années : 17 ans pour les filles. Selon le psychiatre, plus elles en rajoutent, moins elles en savent. “En exhibant leur corps de presque femmes, elles veulent se prouver qu’elles ne sont plus des gamines.” Et dans vingt ans elles regretteront d’avoir quitté trop vite leur vie d’enfant.

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