Politique,  vidéo

Manif pour tous : le mauvais tour de Valls

Texte de Dominique Jamet

Pour avoir perdu toute mesure, M. Valls a dû manger sa casquette et a achevé de sombrer dans le ridicule.

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Il avait cru voir un bon coup à faire. C’était tentant. Il l’a tenté. Il l’a raté. Une semaine après que l’hétéroclite et inquiétant Jour de colère lui avait permis de ressusciter et d’exorciser le spectre du fascisme qui ne passera pas, Manuel Valls avait évoqué la menace d’un autre Dies Irae. Les incidents publiquement annoncés (et secrètement souhaités) par M. le ministre de l’Intérieur (et des Cultes) n’ont pas eu lieu. Le 2 février 2014 ne laissera pas dans l’histoire la même trace sanglante que le 6 février 1934.

Si redoutable que soit la mobilisation des beaux quartiers, de la province profonde, de la France éternelle, si inquiétants que puissent être les messieurs en loden, les mamies plus familières de la messe que des barricades, les pères et les mères tranquilles, les mamans poussant leur poussette, les familles traditionnelles (un homme, une femme et leurs enfants), les drapeaux tricolores et les ribambelles de petites silhouettes bleues et roses, il était impossible, même à un reporter de France Inter, du Monde ou de Libération, de prétendre que cette foule pacifique qui défilait sous le ciel ensoleillé de l’Île-de-France mettait notre « fragile » République en danger.

Pour avoir perdu toute mesure et embouché sans vergogne les trompettes de la dramatisation, M. Valls a donc dû manger sa casquette et a achevé de sombrer dans le ridicule en tentant d’attribuer le maintien de l’ordre public au dispositif disproportionné qu’il avait mis en place plutôt qu’à la sagesse et à l’autodiscipline des manifestants.

Le président de la République, lui, ne s’y est pas trompé. En rappelant que le droit à la manifestation était inhérent à la démocratie, en endossant pour une fois le costume de l’apaiseur, François Hollande a pris acte du succès plus grand qu’escompté d’une nouvelle et massive démonstration de force dont le calme n’exclut pas la détermination. À leur tour, madame le ministre des Familles, comme elle s’intitule elle-même, et son collègue de la place Beauvau ont déclaré avec insistance que la GPA, la PMA et autres projets provocateurs étaient remisés au placard à épouvantails – d’où ils ressortiront, n’en doutons pas, à la première occasion.

Car ce n’est pas parce qu’il a perdu la face hier que le pouvoir en place a renoncé à porter sur le champ de bataille des valeurs le combat qu’il perd jour après jour sur le terrain de l’économie, de l’emploi, de la relance, de la croissance et de la sécurité. Dans le domaine des enjeux sociétaux, sa technique de la fracturation de la droite est plus au point que celle de l’exploitation du gaz de schiste et il essaiera, demain comme hier, d’enfoncer un coin entre la droite traditionnelle, conservatrice, « réactionnaire » – disons la droite de droite – et la droite progressiste, moderniste – la droite de gauche, en quelque sorte.

De même, sur les questions plus proprement politiques, Europe, orthodoxie budgétaire, austérité, libéralisme, notre président socialiste, pardon, « social-démocrate », continuera, avec plus de chances de succès, et dans la perspective d’une éventuelle « grande coalition » à la française, de distinguer entre la droite « républicaine », raisonnable, fréquentable (Bayrou, Borloo, Baroin, Kosciusko-Morizet), parlementaire, et la droite souverainiste, patriote, eurosceptique, bref irréconciliable.

Diviser pour régner, la formule et la tactique ne sont pas nouvelles. Le problème est que, bien souvent, ça marche.

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