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Nos otages en Syrie ? Une classique affaire de « gangsterrorisme »…

Entretien avec Xavier Raufer

Nos quatre journalistes retenus otages en Syrie sont enfin libres. Qui les a enlevés ? Pour quelles raisons, politiques, religieuses, ethniques ou simplement financières ? Et, surtout, y a-t-il eu rançon versée par la France ?

D’abord, le fondamental.
La guerre civile syrienne est la parfaite prolongation de celle qui sévit au Liban voisin (1975-1990), les fondamentaux de cette guerre civile fondatrice valant toujours aujourd’hui. Or, depuis, une constante – en fait, l’unique bouée de sauvetage du régime alaouite des Assad, de père en fils – est celle-ci : un contrôle systématique, au pire une « influence » sur tout groupe terroriste, guérilla, groupe insurgé opérant dans la région. Ce, grâce aux redoutables et forts experts des services spéciaux du régime de Damas. En son temps, ces services ont manipulé des groupes palestiniens, jihadis sunnites, chiites et chrétiens libanais, arméniens chrétiens (ASALA) – même la « légion étrangère » (commandement des opérations spéciales à l’étranger) du FPLP, avec bien sûr Carlos, mais aussi des Japonais, des Allemands, etc. À l’époque, le responsable de ces « opérations spéciales » était le colonel Haïtham Saïd, du SR de l’armée de l’air syrienne.

Aujourd’hui, les services d’Assad fils opèrent toujours de même – demandez-vous pourquoi des groupes jihadis, mobilisés pour abattre le régime hérétique des Assad, s’entretuent aujourd’hui avec férocité –, pas vraiment l’effet du hasard. Donc, dans la libération d’otages détenus par des fanatiques sunnites, le régime alaouite laïc des Assad joue aussi un rôle…

Ensuite, le circonstanciel.
Contrairement à la très idéologique guerre civile libanaise, qui remonte à la guerre froide, la présente (celle de Syrie) est d’abord celle des hybrides, jihadis certes, mais surtout criminels. Dans une étude de mars 2014, le RUSI (l’IHEDN britannique) estime ainsi que la majorité des islamistes d’Angleterre partis combattre en Syrie sont des malfaiteurs :
– délinquants juvéniles connus pour participation à un gang, petit deal de drogues, violences diverses, éthylisme et toxicomanie ;
– bandits endurcis (homicides, braquages, vente en gros de stupéfiants, racket, etc.) ayant déjà purgé de sérieuses peines de prison.

Ces bandits, grands ou petits, financent par le vol, le braquage, le deal, leurs voyages et séjours jihadis en Syrie.

À l’inverse, les combattants déjà connus pour activisme islamiste en Europe même sont très minoritaires. De façon significative – et c’est aussi notre avis – le rapport du RUSI constate (preuves à l’appui) qu’à leur retour du « front », ces bandits islamisés retournent à leur « carrière criminelle » et n’envisagent pas du tout d’exporter la terreur en Angleterre.

Alors qu’en France, les journalistes « d’information » radotent avec une belle unanimité que ces vétérans du jihad reprendront le terrorisme sur le sol français, ce qui est tout sauf sûr et – notons-le – ne s’est jamais produit, ce quart de siècle écoulé, avec les jihadis rentrant d’Afghanistan, de Bosnie, d’Irak, de Tchétchénie ou d’ailleurs.

Payer pour la libération des otages ? Bien sûr, quelque ami saoudien ou qatari aura réglé la note à notre place (en attente d’une ultérieure contrepartie…), ce qui permettra de sauver la face. À l’origine, les « gangsterroristes » détenant nos otages demandaient des dizaines de millions d’euros pour les libérer. La négociation aura donc visé à les rendre plus raisonnables…

Là-dessus, l’évolution de la guerre civile syrienne. Incapable désormais d’informer, la presse « d’information » française qui déverse une unanime propagande a camouflé, ce dernier mois, une nouvelle majeure ; comme si, durant la guerre d’Espagne, les quotidiens de 1937 avaient ignoré la bataille de Teruel.

En mars-avril 2014, les forces du régime d’Assad et ce qu’on doit désormais appeler l’armée du Hezbollah ont repris la ville de Yabroud, crucial nœud routier entre Damas et Homs, et ainsi reconquis la vallée de Qalamoun, ce qui coupe en deux les unités insurgées, celles s’appuyant sur la Jordanie de celles adossées à la Turquie. Dans l’affaire, les « insurgés » ont été taillés en pièces (1.500 morts). Ainsi, la ville de Homs devrait-elle être bientôt reprise par le régime, soit un million d’habitants vivant dans un centre économique et industriel décisif. On voit mal, désormais, comment les insurgés pourraient renverser Assad. D’où la fureur des Saoudiens contre les États-Unis, bien timides dans l’aventure syrienne – à juste titre, vu l’interminable et sanglant chaos irakien.

Or, plus une guerre tourne mal, et plus les combattants étrangers doivent préparer le futur « repos du guerrier ». Ils se lancent donc ardemment dans ce que le doctrinaire anarchiste Élisée Reclus appelait au XIXe siècle la « reprise individuelle » ; on parlerait aujourd’hui d’enrichissement personnel… Pour ce faire, quoi de mieux que la manne des rançons des otages ?

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