Politique

Nouvelle carte de la pauvreté: un message du gouvernement aux « petits blancs »

dad9db1fceefed7b963e4031f26895eddd3dfc65En faisant entrer des « territoires périphériques » dans la nouvelle carte de la pauvreté, le gouvernement adresse un message aux « petits blancs » tentés par le vote FN ou l’abstention, estime le géographe Christophe Guilluy, auteur de Fractures françaises.

QUESTION: Le gouvernement publie mardi une nouvelle carte de la pauvreté qui définit 700 villes éligibles à des aides spécifiques. Aux côtés des banlieues de Seine-Saint-Denis ou du Nord, elle fait entrer des petites villes de zones rurales dans le dispositif. Cette carte vous paraît-elle pertinente?

REPONSE: « Oui. Elle prend enfin en compte une réalité sociale qui saute aux yeux: 80% des catégories populaires ne vivent pas dans les quartiers en politique de la Ville.

Quand on fait la carte des fragilités sociales, on voit effectivement beaucoup de zones sensibles. Mais, compte-tenu du redéploiement des petits employés, des ouvriers, des retraités précaires dans la France périphérique, à l’écart des grandes métropoles, il y aussi des petites villes, des villes moyennes, comme Guéret ou Foix. C’est donc logique qu’elles entrent dans la nouvelle carte de la pauvreté. »

Q: Cette répartition de la pauvreté est-elle nouvelle?

R: « Ca fait trente ans qu’il y a une recomposition sociale des territoires. Les grandes métropoles s’embourgeoisent et, comme il y a beaucoup d’immigrés dans les logements sociaux de la proche banlieue, les classes populaires ne veulent pas y vivre et s’éloignent.

Avant, dans les campagnes, il y avait des pauvres, mais c’était surtout des paysans retraités. Aujourd’hui de jeunes ménages modestes viennent s’y installer car les logements sont moins chers. C’est très lié à l’explosion de la classe moyenne. Mais, quand on est jeune dans une petite ville au fond de la Picardie, c’est difficile de trouver du boulot, donc on a une pauvreté qui s’incruste sur ces territoires ».

Q: Pourquoi le gouvernement ne prend en compte cette réalité que maintenant?

R: « C’est très lié à la dynamique du Front national, qui s’est retrouvé premier parti aux élections européennes, et à l’abstention, forte dans ces territoires.

En se concentrant sur la pauvreté, sans retenir d’autres critères, comme la présence de grands ensembles ou le taux d’immigrés, le gouvernement fait entrer les « petits blancs » dans la géographie prioritaire. Il leur envoie comme message « on a compris que vous existez ». C’est une stratégie politique respectable, il faut parler à tout le monde.

Maintenant, il va falloir décliner ce diagnostic avec des politiques publiques très fines. Il va falloir faire dans la dentelle. Est-ce qu’il y aura réellement des redéploiements de budget ? On verra ».

Propos recueillis par Charlotte PLANTIVE

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