Économie, Écologie...

Pendant ce temps, la Lettonie adhère à la zone euro… contre l’avis des Lettons

La commission européenne va donner mercredi son feu vert à l’entrée de la Lettonie dans la zone euro, dont le pays balte deviendra le 18e membre, ont déclaré lundi soir des responsables européens.

Toujours en crise la zone euro ? Assurément, nous répond Natixis dans une note publiée mardi. Pourtant, certains pays sont encore attirés par la monnaie unique. C’est le cas de la Lettonie qui devrait recevoir mercredi le feu vert de la Commission européenne pour devenir le 18ème membre de la zone monétaire. Si l’adhésion de la petite république balte à l’union monétaire est anecdotique du point de vue de la taille de l’économie du pays (son produit intérieur brut n’est que de 20 milliards d’euros), elle n’en n’est pas moins un symbole.

De fait, elle ne partait pas gagnante. Dans la foulée de la chute de la banque Lehman Brothers en 2008, le pays, très dépendant de ses exportations, a sombré dans une violente récession. Son PIB s’est effondré de -10% dés 2008 et de -18% en 2009. Dans la même période, le déficit a explosé en raison de la diminution des rentrées fiscales mais aussi de la nécessité de venir en aide à un secteur bancaire en faillite. L’agence de notation Standard & Poor’s a alors dégradé la note du pays au rang de « junk bond ».

Le choix douloureux de l’arrimage à la zone euro

Disposant encore d’une monnaie souveraine, le lat, la Lettonie s’est retrouvée face à un choix : soit elle la laissait se dévaluer pour regagner en compétitivité et alléger le poids de sa dette, soit elle gardait sa monnaie arrimée à l’euro et optait pour une « dévaluation interne » qui nécessitait une aide internationale pour éviter le défaut. Plus en phase avec l’école autrichienne qui prône une monnaie stable et des ajustements internes, à l’instar de Berlin, Bruxelles et Francfort, Riga a officiellement opté pour la « dévaluation interne ». D’autant plus qu’emprunter l’autre chemin risquait d’éloigner le pays de l’Europe. Une solution inconcevable pour les dirigeants de l’ancienne république socialiste.

S’en est suivi le versement en 2009 d’une aide de 7,5 milliards d’euros par l’UE et le FMI en échange d’une purge drastique des finances publiques. Un tiers des postes de fonctionnaires sont alors supprimés, les salaires dans la fonction publique sont réduits. Tout comme dans le privé. De 5,3% de la population active en 2007, le taux de chômage s’est envolé pour atteindre 20,5% à son pic au début de l’année 2010. Et le pays a fini par rentrer dans les clous en présentant un budget en déficit de seulement -1,2% du PIB en 2012 contre -1,9% attendu. Quant à la croissance, elle est repartie et a atteint 5,5% en 2011 puis 5,6% en 2013. Sans toutefois que cela ne soit suffisant pour rejoindre le niveau de PIB d’avant crise.

Une réussite à nuancer

Alors qu’il était érigé en modèle de réussite par le FMI, certains observateurs, dont le prix Nobel d’économie Paul Krugman, ont mis en doute le miracle letton. Selon lui, le retour à un excédent courant est d’abord dû au recul des importations dues à la récession. « Je pense que les partisans de l’austérité avaient besoin d’un héros et que l’Irlande a échoué sur ce plan », avait-il conclu dans l’une de ses chroniques dans le New York Times. Et en réalité, comme le notait l’économiste Mark Weisbrot en juin dernier, le commerce extérieur a très peu contribué au redressement du pays. En fait, la Lettonie a bénéficié de nombreuses aides européennes pour éviter qu’elle ne soit forcée de dévaluer le lat car les banques suédoises étaient très exposées dans le pays. Et une inflation inattendue a permis à la petite république balte de mieux supporter le poids de sa dette.

Cette cure drastique a en tout cas laissé des traces dans les esprits lettons, toujours touchés par un taux de chômage qui décroît lentement. Si bien que moins de 10% de la population lettone est favorable à l’entrée du pays dans la zone euro. Alors que quatre Lettons sur dix y sont formellement opposés. S’ajoute à l’amertume liée à la crise la crainte d’une hausse importante des prix. L’Estonie voisine, premier pays de l’ex-URSS à avoir adhéré à l’euro en janvier 2011, a vu les prix à la consommation augmenter de 5% cet année, après une hausse de 3% en 2010. L’an dernier, les prix y ont augmenté de 3,9%, selon la Banque centrale d’Estonie. Mais les Lettons n’ont plus leur mot à dire. Car l’adhésion à la monnaie unique a déjà fait l’objet d’une loi au parlement. Ils sauront si leurs craintes étaient justifiées à partir du 1er janvier prochain, date à laquelle ils pourront officiellement retirer des euros aux guichets de leurs banques.