Politique

Présidentielle de 1995 : M. Balladur soupçonné d’avoir détourné les fonds spéciaux de Matignon

Nous rappelons à toutes fins utiles que le porte parole et homme orchestre de la campagne de Balladur en 1995 s’appelait… Nicolas Sarkozy. Et qu’il est possible que l’attentat de Karachi ait un lien avec l’affaire des rétro-commissions touchées par le gouvernement français lors de la vente des frégates et des sous-marins au Pakistan.

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Pour Edouard Balladur, le spectre de la Cour de justice de la République (CJR) se rapproche inexorablement. En délivrant, le 18 juillet, un réquisitoire supplétif pour « détournement de fonds publics » et « recel » aux juges chargés du volet financier de l’affaire de Karachi, Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire, le parquet de Paris a conforté les soupçons de malversations entourant le financement, en 1995, de la campagne présidentielle de l’ancien premier ministre. Nicolas Bazire, l’ex-directeur de son cabinet à Matignon, qui dirigea aussi sa campagne, est déjà poursuivi dans ce dossier.

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Le délit de « détournement de fonds publics », dont sont désormais saisis les juges, vise le recours, par le premier ministre-candidat, aux fonds secrets, qui auraient abondé de manière illicite sa campagne présidentielle. Le réquisitoire du parquet répondait à une ordonnance du 26 juin des juges. Outre les fonds spéciaux, la campagne de M. Balladur aurait également bénéficié de « rétrocommissions » issues de ventes d’armes fin 1994 au Pakistan et à l’Arabie saoudite.

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Par exemple, en novembre 2011, Frédéric Aucher, un ancien gendarme, militant RPR de longue date, avait expliqué aux policiers de la division nationale d’investigations financières et fiscales (DNIF) dans quelles conditions il était devenu, début 1995, secrétaire général de la campagne de M. Balladur.

« Lorsque l’on m’a demandé de venir à la campagne et que M. Pierre Mongin m’a demandé de quitter mon poste du ministère de la coopération, il m’a dit qu’il compenserait ma perte de salaire par une enveloppe de fonds secrets de Matignon, avait-il révélé. En fin de mois, Pierre Mongin me remettait des espèces. Le montant a évolué au fil des mois. Le premier mois, j’ai eu 30 000 francs, puis 50 000 francs à deux reprises. »

M. Aucher s’est dit certain qu’il s’agissait des fonds secrets, car cela lui avait « été présenté comme cela par M. Mongin », précisant que «  tous les billets étaient d’un montant de 500 francs« . En décembre 2012, l’ex-trésorier de la campagne de M. Balladur, René Galy-Dejean, avait été encore plus explicite s’agissant d’un dépôt suspect de plus de 3 millions de francs en liquide, en avril 1995, sur le compte de l’AFICEB (Association de financement de la campagne d’Edouard Balladur). Il avait assuré avoir été convoqué par Pierre Mongin à Matignon en ces termes : « Arrivé dans son bureau, avait rapporté M. Galy-Dejean, il me montre plusieurs boîtes en carton et me dit : ‘Voilà 3 millions en petites coupures’. C’est cette somme que j’ai apportée à la cellule trésorerie. »

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