Culture, idées, Média...,  Politique

En 2011 SAS expliquait quelles seraient les conséquences de la chute de Kadhafi. (Extrait de: SAS Les fous de Benghazi)

En 2011 SAS expliquait quelles seraient les conséquences de la chute de Kadhafi. (Extrait de: SAS Les fous de Benghazi)

Il commet juste une erreur, il voit l’émergence du califat en Lybie, et non pas en Irak comme cela s’est passé par la suite.

Télécharger en PDF l’extrait de SAS « les fous de Benghazi »

sas-191---les-fous-de-benghazi-881762

Ou lire la transcription ci-dessous:

Afin de contrer les Islamistes prêts à prendre le contrôle de la Libye post-Kadhafi, les Américains tentent de rétablir une monarchie constitutionnelle en Libye, avec le petit-fils du roi Idriss, renversé par Kadhafi.
Le prétendant au trône, Ibrahim Al Senoussi, qui habite Londres, vient au Caire pour prendre des contacts.
Or son vol échappe de justesse à un attentat avant son atterrissage au Caire. Un attentat réalisé à l’aide d’un missile venant de l’arsenal militaire Libyen.

Malko – Vous avez aussi découvert comment ce missile sol-air livré à la Libye de
Khadafi il y a treize ans, s’est retrouvé ici ?
Jerry Tombstone (CIA)– Nous avons une hypothèse plus que plausible. D’après les documents que nous avons récupérés à Tripoli, nous savons que le Strella était stocké dans une caserne de l’armée libyenne dans la ville d’Al Beida, à l’est de Benghazi. Deux jours après la « Révolution du 17 février » une foule d’insurgés en a chassé les soldats khadafistes et vidé le dépôt d’armes jusqu’à la dernière cartouche.
– Que sont devenues ces armes ?
L’Américain eut un sourire ironique.
– Nous en avons au moins retrouvé une. Les autres sont dans la nature.

Beaucoup ont été pillées par la population libyenne, d’autres sont vraisemblablement parties vers le sud, le Niger et le Mali, pour renforcer les katibas de l’AQMI (1). Les Services français nous ont signalé la présence de membres de l’AQMI dans la région de Benghazi, venus faire leur marché. Certaines sont parties pour l’Égypte. D’ailleurs, l’armée égyptienne a intercepté deux camions bourrés d’armes, des Kalachs, des RPG 7 et des munitions. Ce dont nous nous moquons. En revanche, c’est la première trace du stock de quarante Strella stockés à Al Beida.

– Ils n’ont pas été transférés à Gaza ?
Jerry Tombstone hocha la tête.

– It’s a distinct possibility (2). Mais pas forcément au Hamas. Il y a là-bas un groupe salafiste très actif, le Jund Ansar Allah, totalement radical. Il ne veut ni négociations avec les Israéliens, ni autre pouvoir que celui de Dieu. Ils ont proclamé, il y a quelque temps, l’Émirat Indépendant de Gaza, contre la volonté du
Hamas et sont intégrés au clan Dogmush, une puissante famille de Gaza. Ils sont financés par le Qatar, l’Arabie Saoudite et le Yemen. Et surtout, ils ont
des liens avec la branche clandestine des Frères Musulmans égyptiens, le Tanzim Al Assazi, qui, eux, sont très proches d’Abu Bokatalla, chef d’une katiba takfiri, originaire de Darna.

Nous savons, par des écoutes, que Abu Bokatalla est très lié au Qatar et très actif à la construction d’un Émirat islamique en Libye. Donc, c’est possible que certains des Strella volés à Al Beida se soient retrouvés à Gaza. Cependant, cela n’inquiète pas trop les Israéliens. Ces Strella ne sont pas dangereux pour des appareils de combat modernes, bourrés de contre-mesures électroniques.

Malko écoutait l’exposé de l’Américain, de plus en plus perplexe.

– Vous voulez dire qu’on a voulu tuer Ibrahim Al Senoussi et sa maîtresse en
sacrifiant délibérément les autres passagers de ce vol ? Il y a d’autres méthodes pour
liquider un gêneur.

Jerry Tombstone lui jeta un regard de commisération.

– En 1990, les Services libyens ont placé une bombe – une valise piégée – sur un
vol de l’UTA reliant Libre-ville, N’Jamena et Paris. La bombe a explosé au-dessus
du Ténéré, tuant évidemment tous les passagers. Les Services libyens avaient appris
qu’un opposant notoire au colonel Khadafi devait se trouver sur ce vol.
Heureusement pour lui, il a raté l’avion, mais les autres passagers sont morts.
– Pour rien.

Un ange passa, un brassard noir autour des ailes.

– Ce doit être facile de tuer quelqu’un dans une ville comme Le Caire. Sauf s’il
dispose d’une protection rapprochée efficace.
– Certes, reconnut Jerry Tombstone, mais le meurtre ciblé d’un Libyen au Caire
aurait embarrassé les Frères Musulmans qui se présentent aux élections législatives
dans quelques semaines.
– Ils font profil bas.
– Abattre un avion de ligne, ce n’est pas faire profil bas…On peut mettre cela sur le dos des extrémistes Jund Ansar Allah de Gaza. Ils sont déjà venus attaquer des Israéliens près d’Eilat, à partir du sol égyptien. Même si ceux-ci sont aidés par des membres du Tanzim Al Assazi , la branche clandestine des frères Musulmans.

– Bien, conclut Malko, il y a quand même un gros point d’interrogation :
pourquoi avoir tenté d’assassiner Ibrahim Al Senoussi ?

Jerry Tombstone hocha la tête, avec la satisfaction d’un professeur à qui on pose
une question intelligente.

– C’est la bonne question ! reconnut-il. Bien entendu, mon homologue de Vienne
n’a pas mentionné l’opération « Sunrise » ?

– Non, confirma Malko.
Les Américains avaient la manie de baptiser leurs manips secrètes de noms
poétiques.

Jerry Tombstone émit un hennissement plein de retenue.

– Eh bien, je vais vous mettre au courant. En revenant un peu en arrière. Depuis
2003, lorsque le colonel Khadafi a renoncé à se procurer des armes nucléaires, sous
notre amicale pression, nous étions redevenus amis. Il était toujours fou, mais
c’était notre fou.
– L’amicale pression avait consisté à menacer Khadafi de vitrifier la Libye s’il
s’obstinait dans la recherche du nucléaire.

Jerry Tombstone continua de sa voix professorale.

– En plus, nous avions le même ennemi : les islamistes et Al Qaida. Il s’est mis à nous aider beaucoup… Nous aussi, d’ailleurs, en lui signalant des gens qui
pouvaient lui nuire et en lui fournissant du matériel d’écoute. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes lorsqu’a éclaté la révolte du 17 février 2011 à
Benghazi. Nous n’étions pas trop inquiets, connaissant le rapport de force entre l’armée de Khadafi et ces manifestants, mal armés et pas entraînés.Seulement, la France a fait du zèle, par droit-de-l’hommisme et a entraîné la Grande-Bretagne dans une croisade anti-Khadafi.

» Vous connaissez la suite : Khadafi savait mater des opposants mais n’était pas
de force contre l’OTAN.

» Ensuite, nous avons très vite compris que, parmi les opposants à Khadafi, les
seuls organisés étaient les Islamistes de tous poils, les autres n’étant que des « idiots
utiles » comme aurait dit Lénine.

» L’Agence s’est mise à travailler sérieusement et a découvert un pot-aux-roses
inquiétant : le rôle du Qatar. Certes, officiellement, il avait pris le parti des rebelles, donnant de l’argent et des armes. Nous avons appris que, secrètement, l’Émir du Qatar, le Cheikh Hamad, avait décidé de mettre la main sur la « révolution libyenne ».

– C’est loin du Qatar la Libye, remarqua Malko. Et le Qatar n’a pas besoin de
pétrole, il en a…
– Certes, reconnut Jerry Tombstone, mais il y a un lien entre les deux pays : la
famille Salabi, des Libyens opposés à Khadafi, car islamistes bon teint. Trois frères.
» Ali Salabi fut jeté en prison par Khadafi dans les années 80. Libéré, puis exilé, il

se réfugia au Qatar où il fut accueilli à bras ouverts par un théologien des Frères
Musulmans, Youssef Al Qaradawi, qui prêche sur la télé Al Jezirah que prôner une
constitution laïque en Libye équivaut pour un musulman à commettre un crime
d’apostasie…

– Rassurant… remarqua Malko.
– Je ne vous le fais pas dire, enchaîna Jerry Tombstone. C’est Ali Salabi qui a
convaincu l’Émir du Qatar d’aider les rebelles anti-Khadafi.
» À commencer par son frère, Ismail Salabi, qui a fondé la Katiba du 17 février,
grâce à l’argent et aux armes livrés par le Qatar.
» Ensuite, tous les islamistes radicaux de Libye ont rejoint cette mouvance.
Abdulhakim Belhadj, ancien djihadiste en Afghanistan, proche d’Oussama Bin
Laden, un autre, Abdulhakim Al Hasadi, formé par les talibans, Abu Sofiane Qumu,
djihadiste libéré de Guantanamo en 2007, Abu Bukatalla, takfiri
haïssant l’Occident.
Tous ces gens avaient combattu dans le GICL, Groupe Islamique de Combat
Libyen, actif en Libye jusqu’en 2009, qui s’était rallié en 1995 à Al Qaida.

– Tout cela n’est pas encourageant.
– C’est pourquoi l’Agence a décidé de réagir, expliqua le chef de Station de la
CIA. En essayant de former un camp qui ne soit pas islamiste ou anti-occidental.
» Le problème c’est que les Libyens qui nous aiment bien ne représentent pas une
force militaire.
» Alors, nous avons pensé au leadership.
» Le chef actuel du Conseil national de Transition n’est pas vraiment kasher…
Ancien ministre de la Justice de Khadafi, ayant requis deux fois la peine de mort
contre les infirmières bulgares retenues en otages par Khadafi, il ferait un peu
désordre, à la tête de la Libye nouvelle.

» Ce sont les Cousins 3 qui nous ont suggéré le nom d’Ibrahim Al Senoussi.
» Avantage, c’est le petit-fils du roi Idriss, renversé par Khadafi ; les rebelles ont
adopté le drapeau de son grand-père et il est pro-occidental.

– L’idéal ! remarqua Malko.
Jerry Tombstone fit la moue.
– Pas tout à fait : au départ, il ne voulait pas. Il a fallu que l’O.T. 4 du « 6 » fasse
des prouesses pour le convaincre. Sans lui dire que nous étions derrière la manip,
pour ne pas l’effrayer. Comme il n’est pas fou, il a voulu, avant de se décider, aller
vérifier s’il pouvait disposer de soutiens en Libye.

» Voilà pourquoi il est arrivé au Caire.

– Que fait Cyntia Mulligan dans ce tableau ?
– Rien. C’est le repos du guerrier.
– Cela ne me dit pas qui a tenté de l’assassiner, insista Malko. Vous ne
soupçonnez pas le Conseil National de transition qui aurait pu prendre ombrage des velléités de pouvoir d’Ibrahim Al Senoussi ? Beaucoup de pays l’ont reconnu
comme incarnant la Libye nouvelle et c’est lui qui gouverne officiellement la Libye.
L’Américain lui jeta un regard de commisération.

– Il fait semblant de la gouverner… Il n’a aucun pouvoir réel
à l’intérieur du pays. Plusieurs de ses membres ont déjà déclaré forfait. En plus, la « résistance » libyenne est extrêmement divisée, regroupée en une quarantaine de katibas qui se regardent en chiens de faïence.
– Ils ont pourtant repris le pays…
– Grâce à l’OTAN et il ne vous a pas échappé que la Libye post-Khadafi se débat
dans une situation totalement bordélique. Regardez ce qui s’est passé à Tripoli : la
ville a été arrachée aux gens de Khadafi par plusieurs katibas venues de Misrata, de Zentan, du Djebel Nafoussa et par des résistants locaux.
» Notre ami Abdulhakim Belhadj s’est proclamé gouverneur de la ville. Or, le
CNT l’a appris en regardant Al Jezirah… Quand ils ont demandé à Belhadj de céder sa place à un civil du CNT, il les a envoyé promener. Je vous ai dit qui était
Belhadj ?

– En gros, oui.
– Même un membre d’Amnesty International aurait un haut-le-coeur en lisant son
C.V. Il a été l’Émir du Gick avant de partir en Afghanistan où il a rencontré Oussama Bin Laden qui l’a adoubé. Ensuite, il a été arrêté en Malaisie, interrogé par nous en Thaïlande par l’Agence et finalement livré aux Libyens qui l’ont mis au trou pour
six ans.
» Et vous savez qui l’en a sorti ?

– Non, avoua Malko.
– Le président actuel du C.N.T., Mustapha Abdel Jalil… À l’époque, il était
Ministre de la Justice, et très religieux. Il est intervenu auprès du Guide pour faire
libérer Belhadj qu’il considérait comme un bon musulman… L’autre lui rend bien
mal la monnaie de sa pièce…
– Donc, insista Malko, le C.N.T. aurait pu vouloir éliminer Ibrahim Al Senoussi.
– Non, trancha sèchement l’Américain, ils n’en ont pas les moyens. Bref, si nous
ne retrouvons pas ceux qui ont voulu liquider notre « candidat », nous risquons de nous retrouver très vite avec un Émirat islamique libyen, anti-occidental, plaque
tournante idéale entre l’AQMI, le HAMAS, la Tunisie et, bien entendu, l’Égypte des
frères Musulmans.
» Et le printemps arabe se transformera en hiver salafiste. La Libye est déjà un
pays islamiste. Régi par une charia dénicotinisée. Certes, on ne coupe pas la main
des voleurs, juste un petit doigt, mais les femmes sont complètement cloîtrées,
l’alcool est interdit, on ne se marie que religieusement, on observe les cinq prières
quotidiennes et tout le monde est content.

Probablement épuisé par cette description apocalyptique, Jerry Tombstone se
versa un verre d’eau.

– Vous ne m’avez toujours pas dit qui vous soupçonnez d’avoir tenté
d’assassiner Ibrahim Al Senoussi.
– Well, fit Jerry Tombstone, nous avons une petite idée, mais aucune preuve.
– Pourquoi « nous » ?
– Je vous ai dit que l’opération « Sunrise » avait été initiée par les Cousins. Bien
entendu, ils ont mis Ibrahim Al Senoussi sur écoutes.
» Ce dernier était très réticent à venir au Caire, il aurait aimé mener ses
consultations à partir de Londres. Jusqu’au moment où il a été contacté par un
émissaire libyen, un certain Chokri Mazen. Venant de la part d’Abu Bukatalla et
proposant à notre ami Ibrahim de venir rencontrer au Caire ses émissaires. Laissant entendre qu’Abu Bukatalla serait prêt à soutenir sa candidature de roi
constitutionnel.

– C’est lui dont vous parliez tout à l’heure ?
– Tout à fait. Un takfiri
à la tête d’une katiba formée d’islamistes purs et durs.
– C’est étrange…
– Ce Chokri prétendait que les Islamistes avaient toujours entretenu de bons
rapports avec la tribu des Senoussi…
– Et Ibrahim Al Senoussi a écouté son conseil ?
– Tout à fait. Il a pris une réservation pour le Caire avec la belle Cyntia.
Seulement, entre-temps, les Cousins avaient découvert que Chokri Mazen était tout le temps fourré à l’ambassade du Qatar à Londres. Or, pour les Qatari, le projet
d’Ibrahim Al Senoussi ne colle pas du tout avec leur agenda.
– Il aurait donc joué double jeu avec Ibrahim Al Senoussi pour l’attirer au Caire et abattre son avion.
– Officiellement, on ne peut même pas en parler. Mais très peu de gens
connaissaient le vol emprunté par notre candidat au trône.
» Chokri Mazen, lui, était au courant.
Un ange traversa le bureau du chef de Station de la CIA au Caire, ses ailes peintes
aux couleurs du Qatar.

– Vous voulez dire, résuma Malko, qu’Ibrahim Al Senoussi aurait été attiré ici
pour se faire assassiner avec les passagers du vol 132 de la British… Sur les ordres
du Qatar ?
– C’est vous qui le dites, fit Jerry Tombstone avec un sourire en coin.
– D’après ce que vous m’avez dit, releva Malko, cet Abu Bukatalla a des relais
dans les milieux extrémistes islamistes du Caire.
» Il aurait donc très bien pu leur faire parvenir un missile sol-air.

– Tout est possible, fit évasivement l’Américain.
– Je crois que l’Agence est en très bons termes avec le Moukhabarat égyptien,
remarqua Malko. Pourquoi ne leur demandez-vous pas un coup de main ?
– C’est déjà fait ! laissa tomber l’Américain. Le Moukhabarat, effectivement, est
très bien informé, mais ils refusent de s’attaquer aux Islamistes, deux mois avant les élections. Pourtant, je suis en excellents termes avec le général Mowaffi, le
remplaçant d’Omar Suleiman, écarté de la tête du Service à cause de sa proximité
avec Moubarak.

Prêchi Prêcha radio Prêchi Prêcha radio
LIVE OFFLINE