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Travail détaché : syndicats et PME dénoncent un autre choc de délocalisation

Les Echos

L’emploi de travailleurs détachés se répand dans tous les secteurs. Jusqu’à 40 % moins chers, ces contrats détruiraient de l’emploi local.

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Il y a quelques jours, le Front national dénonçait la forte proportion d’ouvriers étrangers sur le chantier du terminal méthanier de Dunkerque. « Moins de 400 personnes sont de la région. Un non-sens économique et social », déclarait Philippe Eymery, conseiller municipal FN de Dunkerque et conseiller politique du FN pour les TPE et les PME.

La liste des ennemis communs du détachement de travailleur ne cesse de s’allonger et de se diversifier. En cause, le détournement de la directive européenne de 1996 autorisant une entreprise à détacher temporairement des employés sur un marché public ou privé dans un autre pays européen. De nombreux employeurs s’en servent pour mettre des travailleurs d’autres pays de l’Union directement en concurrence avec des salariés français.

Les syndicats, qui voient se multiplier les cas sur le terrain, n’hésitent plus à aller en justice sur les emplois les plus illégaux. A la CGT, Francine Blanche confirme : « On nous signale tous les jours des cas problématiques. » Elle rappelle qu’il n’y avait que quelques milliers de salariés détachés il y a dix ans en France. Les estimations officieuses évaluent à 300.000 le nombre de travailleurs dans cette situation.

L’an dernier, c’est le plus gros chantier de France, celui du réacteur EPR de Flamanville (Manche) qui avait mis le feu aux poudres. Depuis, dans la Drôme, la CGT s’est attaquée au premier employeur départemental, l’espagnol Terra Fundis dont les exploitants locaux apprécient la main-d’œuvre bon marché. Sur la Côte d’Azur, le secteur du tourisme a compris l’intérêt de ce contrat à écouter les élus CFDT engagés dans une procédure judiciaire (lire ci-dessous). Il y a un mois, la déconfiture du breton Gad mettait au jour l’emploi d’une centaine d’intérimaires roumains dans son abattoir de Josselin. Plus récemment encore, dans les Hauts-de-Seine, 35 Egyptiens et Marocains se sont rebellés contre AT France, une filiale française spécialisée dans les palettes qui employait ces résidents italiens détachés dans des conditions très illégales.

Un réquisitoire alarmiste

Une fois n’est pas coutume, les syndicats patronaux sont sur la même longueur d’onde. « Il y a beaucoup de destructions d’emplois liées à cette directive en France », a déclaré mardi le président du Medef, Pierre Gattaz, prêt à soutenir le gouvernement dans la révision du texte européen.

La CGPME et la FFB viennent de publier un réquisitoire alarmiste : « Le drame des délocalisations a déjà rayé de la carte des pans entiers de notre appareil productif. Ne nous leurrons pas, ce deuxième choc, celui du remplacement des salariés français par des salariés à bas coût, serait fatal. »

« Le phénomène ne fait que s’amplifier, poursuivent les organisations patronales. A court ou moyen terme, ce sont peut-être 400.000, 500.000 de nos salariés qui grossiront les rangs des chômeurs. »

Cette situation s’est développée dans le bâtiment et l’agriculture mais la CGPME la voit fleurir dans tous les secteurs. En cause, notamment, de nombreuses officines de travail intérimaire qui démarchent les entreprises parfois à grand renfort de placards publicitaires. Francine Blanche se souvient de l’agence Agri Tempo qui proposait aux exploitants du Morvan des bûcherons de l’Est à 2.000 euros TTC.

Les solutions sont beaucoup moins consensuelles. Le FN plaide pour une suppression de la directive, le patronat réclame une baisse des charges sociales. La CGT, elle, prend bien soin de ne pas stigmatiser les travailleurs étrangers. « Nous préférons négocier avec chaque entreprise concernée de meilleures conditions de travail plutôt que d’aller en justice et mettre des étrangers au chômage », insiste Francine Blanche.

Matthieu Quiret