Politique

Vente de SFR : un camouflet pour le gouvernement

Encore une fois Montebourg a perdu une occasion de se taire. Non seulement en voulant aider Bouygues (le nouvel ami du PS (1)), il vient de prendre une grosse claque, mais en plus son idée de réduire le nombre d’opérateurs aurait entrainé l’augmentation des tarifs et fragilisé le secteur. Ne négligeons pas aussi une autre conséquence : la pression exercée par Montebourg sur ce dossier a poussé Numéricable à surenchérir et donc à s’endetter de façon assez risquée. Si la société est incapable de rembourser son emprunt, ce sera la faillite. Et on dira Merci Mr Arnaud Montebourg !

Y-a-t-il des gens qui réfléchissent dans ce gouvernement?
moscovici-defend-l-option-lazard-marque-son-territoire-face-a-montebourg_scalewidth_630lire également : Arnaud Montebourg menace Numericable d’un contrôle fiscal

(1) Voir dans cette article comment le pouvoir PS , TF1 et Bouygues se font les yeux doux… : TF1 et les socialistes au pouvoir : histoire d’un réchauffement

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Vivendi a écarté l’offre de Bouygues, soutenue par Arnaud Montebourg, au profit de celle de Numericable.

Vendredi matin, Arnaud Montebourg a tué le suspense en tempêtant au micro d’Europe 1 sur le fait que Vivendi a choisi l’offre de Numericable contre celle de Bouygues. Du jamais-vu dans l’histoire des fusions-acquisitions d’autant qu’officiellement, le conseil de surveillance de Vivendi ne s’était pas encore réuni. Ce qu’il a fait dans la matinée pour trancher en faveur de l’offre d’Altice, la maison mère de Numericable.

Vivendi entre donc en négociations exclusives avec Altice, pour une période de trois semaines. Vivendi estime «que cette offre est la plus pertinente pour les actionnaires et les salariés du groupe et qu’elle offre la meilleure sécurité d’exécution». Altice a emporté l’adhésion du conseil de Vivendi avec une offre en numéraire supérieure à celle de Bouygues Telecom, 11,75 milliards d’euros contre 11,3 milliards. Vivendi se verra attribuer 32% du nouvel ensemble SFR-Numericable, avec la possibilité de céder cette participation rapidement. Un point essentiel pour répondre à «l’objectif de Vivendi de devenir vite un acteur européen majeur des médias et des contenus et de renforcer SFR comme un acteur dynamique du très haut débit fixe et mobile».

Coup d’arrêt à l’accord entre Bouygues Telecom et Free

Le conseil de Vivendi aurait estimé que l’Autorité de la concurrence validerait plus rapidement une fusion entre SFR et Numericable qu’entre sa filiale et Bouygues Telecom. Un rapprochement entre SFR et Numericable ne change rien au marché de la téléphonie mobile: la filiale d’Altice ne dispose pas de réseau mobile, alors qu’un mariage avec Bouygues Telecom aurait signifié le passage de quatre à trois acteurs.

En choisissant de céder SFR à Numericable, Vivendi met aussi un coup d’arrêt à l’accord entre Bouygues Telecom et Free. Le premier avait prévu de céder son réseau mobile et une partie de ses fréquences au second. Plaçant de facto le groupe de Xavier Niel dans le camp des déçus par la décision de vendredi matin!

La deuxième manche pourrait se dérouler sur le terrain de la concurrence. Orange s’inquiète du poids que pourrait avoir le nouvel ensemble dans le mobile, si l’accord de mutualisation entre Bouygues Telecom et SFR, portant sur une partie de leurs réseaux mobiles, était maintenu. À la Réunion, la part du marché du duo SFR et Numericable serait supérieure à 76%, «ce qui pose un problème particulier de concurrence», souligne un porte-parole d’Orange. «Le sujet n’a pas la même ampleur que dans le cas d’un rapprochement entre SFR et Bouygues Telecom dans le mobile, mais il soulève tout de même quelques interrogations dans le fixe», souligne un connaisseur du dossier. Même si le nouvel ensemble aurait plus de 28% de parts de marché dans la téléphonie fixe et marginaliserait Bouygues Telecom sur ce marché.

Engagements dans le domaine de l’emploi et de l’investissement

Bouygues Telecom, Free, Orange et les opérateurs virtuels (MVNO) regarderont attentivement les décisions prises par l’Autorité de la concurrence. Ils pourraient même formuler de nouvelles demandes. La question de l’ouverture du réseau fixe du nouvel ensemble aux MVNO et à Bouygues Telecom (qui est déjà client de Numericable) à des conditions commerciales avantageuses va se poser. Par ailleurs, SFR avait des engagements avec Orange et auprès de collectivités locales pour le déploiement de la fibre. Une technologie que ne privilégie pas le groupe de Patrick Drahi. Il pourrait néanmoins être contraint financièrement à tenir ces engagements.

Altice a pris de nombreux engagements dans le domaine de l’emploi et de l’investissement. Il s’est engagé à ce qu’une fusion avec SFR se fasse sans licenciement. Pour l’investissement, Patrick Drahi a promis qu’en 2017, 12 millions de foyers français pourraient être connectés à son réseau fixe, ce qui représente environ 2 milliards d’euros d’investissement supplémentaires pour les quatre ans à venir. «Le gouvernement veillera à ce que les engagements d’Altice en matière d’emploi se traduisent concrètement et soient inscrits dans les licences, comme l’a demandé Fleur Pellerin», a rappelé le gouvernement, qui a rendu au régulateur des télécoms son pouvoir de sanction cette semaine.

La Bourse a pris acte. Elle qui avait voté en faveur de Bouygues lundi a rectifié le tir vendredi. Numericable a gagné 11,75%, Bouygues a cédé 2,93%.

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